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Batman Halloween #2


jeudi 23 décembre 2004
L'avis de JeanSeb


Semic Books

Dans le précédent Book (Halloween #1 - Peur) de la série, la préface d’Archie Goodwin nous mettait l’eau à la bouche avec son évocation des numéros suivants inspirés par Dickens et Caroll. La lecture du premier opus de la série, le ton, l’histoire, le dessin, ne m’avait rendu que plus fébrile dans l’attente de ces histoires inédites.

(JPEG) Prévu pour intégrer la série Legends of the Dark Knight, le concept « Halloween » a pris la forme d’une série de Batman « Specials » suite au nombre et à la qualité des histoires sorties du cerveau de Jeph Loeb en croisant cette fête annuelle et ce personnage mythique du comic book.
Quelques semaines plus tard seulement, voici donc le Halloween numéro 2 en VF nous présentant deux numéros supplémentaires : Folie (Madness) et Fantômes (Ghosts). Et si l’adage qui veut qu’on ne change pas une équipe qui gagne a parfois (surtout dans les comics) montré ses limites, la recette fonctionne ici une fois de plus à merveille.

Dans la première partie, notre héros doit arracher Barbara Gordon, future Batgirl, future Oracle, des griffes du Chapelier Fou. Ce dernier vit retranché dans une maison à l’abandon au passé sombre dans un univers inspiré du Pays des Merveilles d’Alice. Il est entouré d’enfants incarnant les personnages du conte, enfants qu’il retient sous sa coupe par l’intermédiaire de psychotropes (qui a dit Michael Jackson ?). C’est bien le Chapelier qui tient la vedette dans cette histoire ; car si l’enquête de Batman, sa plongée dans ses souvenirs d’enfance, et l’inquiétude du commissaire Gordon pour sa fille adoptive sont autant d’événements rondement menés par Loeb, tout le sel de ce numéro provient de la plongée dans l’univers fou du Chapelier.
Le scénariste mêle habilement l’ennemi de Batman et l’univers onirique du roman de Lewis Caroll (relevant déjà en lui-même d’un esprit un peu dérangé). Si la folie dans l’univers de Batman a déjà été traitée de manière plus profonde encore ou plus excentrique (dans Killing Joke ou Arkham Asylum par exemple), le Chapelier, définitivement hystérique, se fond parfaitement dans son interprétation du Pays des Merveilles.

Pas de vilain au delà des quinze premières pages de Fantômes. Après un bref affrontement contre le Pingouin (terrifiant sous le trait de Tim Sale) c’est Bruce Wayne, et non Batman, qui livre un combat contre ses démons. Le héros n’est jamais plus réaliste que quand il doute et qu’il a peur. Ce numéro nous présente le milliardaire comme quelqu’un qui ne chercherait qu’à assouvir SON besoin de vengeance, plutôt que de servir un idéal de justice.
Loeb nous met vraiment aux côtés du Détective en nous montrant ses peurs les plus profondes et les plus secrètes faire irruption dans le manoir Wayne. De son père à sa mort en passant par ses ennemis de toujours, Bruce est démuni, ballotté, ne fait pas le poids. Comme Scrooge dans le conte original de Charles Dickens, il fera face à trois fantômes pour cheminer vers la rédemption. La trinité maléfique peut donner lieu à bien des interprétations, et le choix de Loeb pour leur version « Batmanienne » est très judicieux.

Au dessin, Tim Sale s’approprie magnifiquement, une fois de plus, l’univers du Chevalier de Gotham. Même si il n’a pas encore la maîtrise qu’il aura sur Dark Victory, il livre ici quelques planches magnifiques, s’imprégnant parfaitement de l’ambiance des récits. La complicité avec le scénariste est palpable. On regrettera peut-être, dans la partie onirique de Fantômes, que le cadre du rêve n’ait pas donné lieu à plus de fantaisie, plus de délire comme un cauchemar peut le permettre à un dessinateur aussi talentueux. Le récit ne permettant pas la confusion entre ce que rêve Wayne et la réalité, ce choix peut paraître curieux. Malgré cela, son travail demeure tout de même de toute beauté.

On savourera enfin, pour chacune des deux histoires, les très jolies conclusions ; elles nous ramènent à chaque fois à Bruce Wayne et surtout à l’enfance. Parce que d’une certaine manière, Halloween, héritage des célébrations du renouveau de la nature, et les aventures d’un jeune homme ayant fait une promesse sur la tombe de ses parents, ne parlent de rien d’autre que de ça.

Pour l’édition, il est dommage que Semic n’ait pas choisi une couverture plus « accrocheuse ». S’il ne fait aucun doute que cela ne freinera le lecteur de comics en rien, on peut s’interroger sur « l’appel » de cette couverture au néophyte qui ne lèvera peut-être pas les yeux de la citrouille grimaçante pour lire le titre « Batman ».

A saluer, cependant, le choix de l’éditeur de reprendre les citations d’Alice au pays des merveilles de la traduction française disponible aux éditions Grasset et Flammarion ; preuve d’un certain respect pour le lecteur qui, ayant lu l’œuvre originale, retrouvera dans cet Halloween les passages qu’il connaît plutôt qu’une nouvelle traduction.

Bref, un excellent book, qui ne devrait que faire piaffer d’impatience plus encore ceux qui n’ont pas lu le Long Halloween tant attendu (et j’en suis). Pour les autres, ces pages étant inédites (ou presque) en français, n’hésitez pas un instant.

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