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jeudi 6 février 2003
par Stefff56

Interview de Thierry Mornet (Editions Semic) - Février 2003


Spawn version française, Strangers édité chez Image Comics au States, des pockets, de nouvelles collections d’albums Semic : il était temps d’aller dénicher Thierry Mornet, rédacteur en chef de Semic, pour lui poser quelques questions de notre cru.
Bien entendu, Thierry a accepté et je le remercie encore ici pour sa disponibilité !
C’est parti.

Bonjour Thierry !

J’imagine que tu rentres tout juste d’Angoulême.
Quelle est ton impression générale sur le festival de cette année ? Quels furent les bons moments ? et y’en a-t-il eu de mauvais ?
Une impression fantastique en ce qui concerne Semic... Et en toute honnêteté, je ne vois que des aspects positifs : nous avons eu le succès public, la fréquentation, deux albums nominés, des invités de renom et extraordinaires avec le public... Que demander de plus ?
= :-))
Cela a été une très grande réussite, menée par une équipe Semic très soudée et qui avait envie d’être là, de faire plaisir au public... Et je crois que cela s’est ressenti.

J’aimerais revenir sur la présence de Todd McFarlane sur le festival. Est-ce que cela a été difficile à gérer ?
Todd est un type extra. Un professionnel aguerri qui souhaitait aller à la rencontre aussi bien de son public que de la presse. Il a eu les deux : cela a été génial. Il est d’une extraordinaire disponibilité. Pour l’anecdote, c’est lui qui a insisté pour que le samedi soit entièrement consacré aux fans. Il s’est assis à 10 h 30 le matin et a signé sans discontinuer, sans rien boire ni manger (véridique !) jusqu’à 20 h 00.
Il a ensuite enchaîné avec deux heures de performance sur scène dans un show comme je n’en ai jamais vu de la part d’un auteur de BD.
Ce type est un extra-terrestre !
= :-))

Ne craigniez-vous pas que la présence de Todd McFarlane ET Neil Gaiman ensembles, qui sont en froid après leur procès, puisse remettre en cause la présence des 2 artistes ?
Absolument pas... Dans la mesure où nous avions demandé préalablement à Todd si cette situation pouvait le gêner. Ce à quoi il a répondu que tout était OK pour lui.
Nous avons fait le choix d’accueillir Todd sur notre stand, tandis qu’Albin Michel accueillait Neil Gaiman. Tout s’est déroulé pour le mieux !


« French Spawn » : quelle aventure !
Félicitations avant tout !
Merci ! c’est un projet qui nous galvanise. C’est vraiment enthousiasmant de réaliser que Todd nous laisse travailler en toute confiance sur ce projet hors du commun. D’autant plus qu’il s’agit de la première pierre d’un édifice de création qui ne fait que commencer...

Comment cela s’est-il passé ? Les discussions ont-elles été longues et difficiles ? Qu’est-ce qui a déterminé le choix des artistes ?
Cela s’est passé à merveille. Honnêtement, je ne pense pas que nous aurions pu rêver mieux.
En fait, l’idée de réaliser du Comics en création - et non plus seulement en adaptation - nous a toujours attiré. Cela a commencé par une série de covers inédites à l’occasion des 50 ans de LUG/Semic en 2000. Puis, il y a eu les expériences Tellos (avec Crisse, Mauricet, Tota... Et bientôt Bessadi) , Alone in the Dark (Lofficier + Briclot), Motor Mayhem (Lofficier + Manuel Garcia), et plus récemment Strangers.
Puisque nous souhaitions aller dans cette direction, nous nous sommes demandés ce qui pourrait se faire de mieux, de plus puissant au sein de notre catalogue. Et Spawn est tout naturellement arrivé en tête.
Dans notre « furieuse logique », nous avons simplement commencé à avancer l’idée auprès de nos contacts chez McFarlane... Qui ont immédiatement été enthousiasmés par le projet. Il faut dire que nous avons bâti notre confiance sur plusieurs années de solide collaboration.
L’été dernier j’ai eu l’occasion de rencontrer Larry Marder, l’éminence grise de Todd McFarlane Production. Visiblement, cela s’est bien passé, puisque dans la foulée, j’ai rencontré Todd - qui avait été mis au courant - et je lui ai présenté notre projet. J’en ai profité pour réitérer notre invitation sur Angoulême. Et il a dit oui ! = :-))
Cela semble simple, mais en fait ça a pris du temps, de l’énergie pour convaincre les intermédiaires... Et pour y croire aussi.
En revanche, en allant voir Todd McFarlane Production, nous avions déjà un synopsis signé Jeff Porcherot et retravaillé en interne chez Semic et quelques illustrations et travaux de recherche par Aleksi Briclot... Car dès le début, c’est lui que nous souhaitions attacher au projet.
Il est tout simplement né pour cela ! Pour avoir collaboré avec lui sur Alone in the Dark, son talent n’a d’égal que son professionnalisme.
Alex Nikolavitch, le scénariste est arrivé plus tard, chargé de mettre en forme, de rythmer et de dialoguer l’ensemble. Lui et Aleksi Briclot se connaissaient ce qui a facilité la collaboration.

« French Spawn », la parution de Strangers aux States et les cross-over avec les séries Top Cow montre le dynamisme et le potentiel créatif de Semic. Si on a ajoute à cela de nouvelles collections en 2002 - 2003 et la partie petits formats, la preuve n’est plus à faire. Paradoxalement, j’ai toujours cru, en furetant sur les forums et dans les comic-shops, que Semic était en difficulté (financière notamment). Alors qu’en est-il vraiment ?
Je crois sur ce sujet, qu’il ne faut pas croire toutes les désinformations qui sont véhiculées sur les forums. En cas de question, il suffit de remonter à la source et de demander ce qu’il en est.
Et au risque de décevoir les esprits chagrins, Semic ne s’est jamais aussi bien porté. Par ailleurs, nous préférons laisser parler nos projets et notre travail que d’alimenter les querelles de cet ordre. À bon entendeur = :-)

Justement je parlais de Strangers : allez-vous pouvoir suivre le rythme de parution américain sans perdre en qualité ?
Strangers, dès le début a été annoncé comme une série limitée en 6 numéros. Avec le numéro 4 français bimestriel sortant en mars, et le numéro 1 mensuel sortant en mars aussi, nous sommes OK.
Par ailleurs, au moment où sont écrites ces lignes, le numéro 6 est en partie déjà crayonné. Tout va bien donc de ce côté là !
Quant à la qualité, Fernando Blanco est un artiste qui a su reprendre le flambeau à la suite de Manuel Garcia... parti réaliser l’adaptation du film Daredevil chez Marvel.
Eduardo « Wolverine : Black Rio » Alpuente reste à l’encrage, tandis que les Frères Péru continuent à nous halluciner par leur talent sur la colorisation de la série.

Je parlais des petits formats à l’instant. Qu’est-ce qui motive tout votre travail autour des pockets ? Je pense qu’il y a une passion personnelle à l’origine non ?
Les Pockets sont le support de l’hommage à la BD populaire, qui est à la source de ce qu’est la BD aujourd’hui. Par ailleurs, ils servent de plateforme de formation et de découverte de nouveaux talents. Nous sommes aujourd’hui prêt à proposer des parutions valorisantes (Albums) à nos jeunes auteurs, ce qui permet de ne pas les voir signer chez d’autres éditeurs.
C’est un vivier fantastique.
Quant à la passion, il est indéniable qu’elle est présente... Mais elle l’est pour toute la BD, populaire dans les Pockets et les Comics, et en albums pour des projets au format différent. Toutes les personnes de 30 ans et plus ont lu les pockets dans leur enfance : il serait dommage de les voir disparaître : ils sont une part de notre patrimoine chez Semic, et nous y sommes très attachés.

Ne craignez-vous pas que ce genre de parutions vise essentiellement un public de nostalgiques - mais dynamique, à en croire le forum de Pimpf :o) - ?
C’est vrai... Mais nous remarquons aussi un regain d’intérêt de la part des magazines spécialisés et d’un lectorat plus jeune. Vous savez, en proposant des artistes de qualité et des projets extraoridinaires - même à ce format - il n’y a pas de raison de ne pas attirer des lecteurs.

Le Batman à 1 euro, ca été une sacrée nouvelle. Mais qu’en sera-t-il de la revue lorsque Lee quittera le titre ? Comptez-vous adjoindre à cette série une (ou plusieurs) autre série DC ?
Il est encore trop tôt pour en parler... mais nous avons déjà des idées, ne serait ce qu’en adjoignant Batman & Superman de Loeb & McGuiness ou d’autres séries de la famille Batman (Birds of Prey, Batgirl, Nightwing ; etc)
Quant à lancer cette revue à une euro, c’est un pari risqué, mais qui peut amener des lecteurs qui pensent que DC ne les intéressent pas à se dire : hey, après tout, c’est vraiment bien... Après tout, il n’y a pas que Marvel dans la vie d’un lecteur de comics = :-))

Les internautes réclament de plus en plus la parution en kiosque de DC en France. Or, malgré quelques tentatives (Strange, Birds of Prey, Stan Lee Imagine, DC Hors Série), Semic semble plutôt frileux alors que DC s’implante peu à peu en France via d’autres médias (la télévision avec les dessins-animés JLA, Batman Beyond, et avec Smallville). N’est-il pas temps de frapper un grand coup avec DC ?
Ce n’est pas Semic qui est frileux... D’autant plus que les Semic Books proposent de plus en plus de DC Comics.
En revanche, Smallville arrive, Batman est relancé, Just Imagine se poursuit avec une sélection des meilleures histoires, Spécial DC est passé de trimestriel à bimestriel... Et d’autres projets vont voir le jour en 2003. Si ça c’est être frileux, c’est que les gens ne savent pas voir = :-))

Pourquoi ces choix de séries : « Stan Lee Imagine », « NightWing » ou « BatGirl » sont sympathiques, me paraissent loin d’être indispensables... Alors que vous avez dans le catalogue DC des merveilles. Certaines sortent en Semic Books comme Crisis ou Green Arrow, pourquoi ne pas sortir d’autres en kiosque ?
Kiosque ou Albums ? Depuis quelques années, nos tentatives en kiosques ont - presque - toutes échouées. D’où le choix de la parution en Semic Books, qui permet une période vente plus longue, donc plus rentable à termes.

Les héros DC sont connus dans le monde entier, ceux de CrossGen pas du tout (en comparaison). Paradoxalement, Semic a lancé des séries CrossGen sans trop rechigner à priori. Je ne comprends pas.
Il ne faut pas négliger l’attrait de la nouveauté. Par ailleurs, la plupart des séries CrossGen sont de très bonne tenue.
De plus, il ne faut pas penser que le lecteur de comics en Français est aussi aguerri que vous semblez l’être. Etre animateur d’un site dédié au comics ou d’un groupe de discussion dans ce domaine, ou encore être Rédacteur en Chef chez Semic ne fait pas de nos goût le miroir de celui du public.
Nous avons lancé CrossGen en parallèle des séries et revues DC Comics. Et les effets n’ont pas été les mêmes.

J’ai le sentiment (et ce n’est que cela d’ailleurs) que CrossGen a bénéficié d’un soutien important de Semic lors de son lancement.
Très clairement, en ce qui concerne CrossGen c’était un peu tout ou rien avec Marc Alessi. Nous avons lancé 4 séries de front... Même si notre idée de départ a tjrs été de regrouper les séries dans un format « à la » Strange, tel qu’on peut le trouver maintenant.
Nous venions d’expérimenter quelques revers avec nos tentatives DC Comics, et un univers nouveau s’offrait à nous. Nous avons plongé pour ces titres, qui restent d’un excellent niveau.

En parcourant les DC Hors-Série, j’ai trouvé vos résumés et textes explicatifs particulièrement bien fait et intéressants. Pourquoi n’aviez-vous pas procédé ainsi à l’époque de Strange version DC. J’avoue n’avoir rien pigé à l’époque à cause du manque d’informations. Certains internautes vous accusent même de « tuer » la licence DC en France !
Merci pour ces compliments, qui nous touchent car c’est une volonté réelle depuis exactement le Superman : Transilvane (Special DC #7). Les numéros antérieurs n’étaient pas réalisés par l’équipe actuelle. Par ailleurs, il nous a fallu un peu de temps - je l’avoue - pour trouver nos marques sur cette revue, pour lui donner une personnalité, une voie éditoriale autre que le « fourre-tout pour séries limitées DC Comics ».

Ce qui est encore le cas, apparement : les HS DC Comics restent des fourre-tout (NightWing, BatGirl, ...) et il n’y a pas de réelle continuité d’un numéro à l’autre ...Difficile de fidéliser le lecteur dans ce cas, non ?
Je ne suis pas d’accord avec cette définition du « fourre-tout » que vous donnez... dans la mesure où Special DC est devenu un titre « Showcase » qui dans chaque numéro permet de découvrir plus en détail la vie éditoriale d’un personnage et d’un pan entier de l’univers DC. Cet univers est tellement vaste et les personnages tellement nombreux et parfois à l’histoire complexe qu’il nous a semblé intéressant de revenir sur un perso différent dans chaque numéro.

Semic Book, Semic Noir, Collection Lug, Semic Album... Cela ne fait-il pas trop de collections ? « Torso » de Bendis, par exemple, pouvait facilement être publié en Semic Book non ? Tout comme « Les Mystères de Meurtre » de Gaiman ?
Non.
Pendant deux ans, nous avons étoffé la Collection Semic Books.
D’autres projets - par leur tonalité, leur présentation souhaitée - ne rentraient pas dans cette collection.
Mais dès l’origine, je souhaitais que le label Semic soit décliné selon les genres et les types de projets.

Sam & Twitch, récit très sombre, est bien paru en Semic Book... pourquoi pas Torso ? Je ne saisis pas bien les objectifs de chaque collections ?
Nous nous sommes honnêtement posés la question. En revanche, Sam & Twitch restent - qu’on le veuille ou non - attachés à l’univers de Spawn, qui est un personnage qui a pleinement sa place en Semic Books.
Par ailleurs, Semic Noir est certes dédié aux histoires baignant dans des ambiances plutôt Polar, mais également aux histoires en Noir et Blanc :: le nom de la collection annonce la couleur = :-))

Et quels sont les futurs projets de ces nouvelles collections Noir, Album ou Lug ?
Comme notre nouveau catalogue le précise, Semic Noir accueillera Goldfish, Jinx et sans doute Billi 99 pour ne parler que des prochaines parutions. Semic Album devrait abriter HipFlask, The Ring de Russel pour les adaptations, mais aussi des créations issues du Semic’verse comme King Kabur (Lofficier & Ratera + Peru), Brigade Temporelle (Lofficier & Timothy II + Boccanfuso) et d’autres titres encore dont nous reparlerons le temps venu = :-)

J’en arrive maintenant aux Encyclopédies : j’ai été très surpris de trouver les Encyclopédies Spider-Man et X-Men (et prochainement Hulk) chez Semic ? Marvel France n’avait pas les droits ?
Et non ! = :-))
On n’a peut-être pas fini de voir du Marvel chez Semic. ’Nuff said !

Je lisais dernièrement que Strange se vendait à 70 000 exemplaires. Or, Marvel Elite ou Marvel Heroes se vendraient maintenant tout juste à 7 000 exemplaires... Est-ce le résultat de la multiplication des titres ? Finalement la formule Strange n’était-elle pas intéressante pour tout le monde (éditeurs ET lecteurs) ?
On ne peut pas comparer des scores de ventes remontant à 30 ans en arrière (pour Strange) avec des revues publiées en 2003. Le public a changé, les modes ont changé, le lectorat a changé, la distribution aussi. Je dirais que cela dépend des cas. Pour certaines revues et certaines séries, le regroupement s’avère un choix judicieux, dans d’autres cas, non. C’est au cas le cas.

La traduction est un sujet qui fait débat en ce moment. Petit à petit, nous remarquons que la qualité de la traduction diminue (surtout chez Marvel France d’ailleurs) avec notamment l’utilisation de tournures très jeunes. Comment travaillent vos traducteurs : vous leurs donnez des consignes ? Cette situation est-elle voulue ? Avez-vous conscience que de plus en plus de lecteurs délaissent les VF pour passer à la VO ?
Ce que j’entends, ce sont surtout des critiques à l’encontre des traductions issues de la concurrence = :-))
Non, trève de plaisanterie. L’adaptation - plus que la traduction - est difficile, pour tous les éditeurs qu’ils s’appellent Panini ou Semic.
Ce n’est pas aussi simple que certains veulent bien le penser. Le travail des Rédacteurs - l’équivalent des editors américains - consiste a revoir et à corriger le cas échéant les traductions. Nous sommes très attentifs notamment à la voix des personnages. Par ailleurs, nous travaillons avec une équipe de 5 à 6 traducteurs et traductrices différents, chacun avec sa personnalité et ses forces. C’est pourquoi, l’attribution d’un nouveau titre à tel ou tel traducteur/trice ne se fait pas au hasard.
Je pense que nous accordons beaucoup d’attention à cet aspect des choses chez Semic. De là à penser que de plus en plus de lecteurs se tournent vers la V.O., c’est à mon avis faire preuve de parisianisme en pensant que tout le monde dispose d’un comic book shop près de chez lui.
Nous réalisons des comics en VF et je pense que nous le faisons bien, pour tous ceux qui :

-  ne peuvent pas lire en Anglais

-  ne peuvent pas se procurer des comics en VO

-  n’ont pas les moyens de se les procurer en VO
Quoiqu’en disent certains - et ils sont de mauvaise foi - nos comics en VF restent moins chers et globalement de meilleure qualité en termes de production que leur modèles US.
Il est même des cas où la version Française est plus travaillée que la version originale. L’exemple type est Superman : Transilvane où nous avons traduit le texte original de Randy & Jean-Marc Lofficier non tronqué par DC, ou encore Torso, où nous sommes allées rectifier des erreurs de placements de bulles dans la version française.

Merci Thierry d’avoir accepté de répondre à ces questions (pas forcément évidentes). Et encore une fois tous mes remerciements pour ta disponibilité !
A la prochaine ! :o)
De nada
Au plaisir !!

Thierry

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