Nous sommes le , bienvenue ! Derniers dossiers en ligne : En travaux


Dernières chroniques V.F.
Dernières chroniques V.O.

mardi 6 décembre 2005
par Vincent ’Old School’ Nasello

Tarzan by Burne Hogarth


Ma découverte de TARZAN

1974.

(JPEG) Je suis en Terminale et je bénéficie d’une énième réforme de l’Education Nationale. Elle doit sans doute porter un autre nom, mais elle a été popularisée sous le nom « les 10% » et consiste simplement à dégager 10% du temps scolaire à une activité extra-scolaire en groupe dont il faudra présenter le résultat quelques mois plus tard.

Toujours avide de faire partager ma passion, je propose une présentation de la BD au moyen d’une expo. Ce projet évoluera vers un montage audio-visuel que je baptiserai du titre pompeux de « Vue partiale et partielle de la Bande Dessinée ». Mais si l’Education Nationale a parfois de bonnes idées, le financement suit rarement et nous n’avons donc aucun matériel à disposition, lorsque nous recevons l’appui d’une jeune prof de dessin (pas beaucoup plus âgée que nous) qui, non seulement, nous prête son propre matériel, mais paiera de ses propres deniers les diapos et les bandes magnétiques nécessaires. Très vite, le temps alloué s’avère insuffisant et tout le groupe se retrouve régulièrement chez elle avec son mari, prof de dessin dans un autre établissement, qui nous file un coup de main. C’est là qu’ils me font découvrir Léo Ferré qui deviendra mon chanteur favori, une édition luxueuse de « Little Nemo » sur laquelle je reviendrai, sans doute, un jour et une édition, non moins luxueuse de Tarzan, dessinée par Burne Hogarth.

(JPEG)

Il faut se rappeler qu’à la fin du « règne » de Pompidou, la BD est encore un vice que l’on tolère aux enfants, car dans le meilleur des cas, ce sera un marchepied pour accéder aux « vrais livres ». Mais déjà, se dessine un embryon de reconnaissance ; la lecture d’Astérix n’est plus réservée aux gamins, la possibilité d’une BD adulte commence à émerger grâce à Forest et son Barbarella, Giraud publie, dans Pilote, « la déviation » qui contient en germe Moëbius et quelques intellectuels fondent « les cahiers de la BD » et ré-éditent quelques classiques sous une présentation de luxe et agrémentés de préfaces pour mieux se démarquer du tout-venant et emprunter les oripeaux de la « VRAIE LITTERATURE » 

C’est justement une de ces éditions que me prêtent mes nouveaux amis. Celle-ci provient de l’éditeur Henri Veyrier et est composée par Claude Moliterni avec l’aval de Burne Hogarth.

A l’époque, pour moi, Tarzan se limite aux films, maintes fois diffusés à la télé, avec Johnny Weissmuller et donc à cette image de grand bêta qui se promène de liane en liane dans la jungle. Et voilà que je découvre un personnage à cent lieues de ces clichés. Loin d’être un idiot, Tarzan se révèle un être complexe ; un parfait Lord anglais doublé d’une bête sauvage et en plus d’un caractère facétieux, riche mais vivant en pagne, se baladant seul par monts et par vaux, mais marié et d’une fidélité à toute épreuve. J’apprendrai plus tard qu’il a un fils, également marié, et que, s’il sait se montrer noble, il lui arrive de tuer, sans scrupule, ses adversaires.

Mais la vraie surprise vient de l’Afrique elle-même. Ce n’est pas celle que nous connaissons, une Afrique rêvée mais pas de rêve. A la traditionnelle jungle avec sa faune habituelle, s’ajoutent des reliefs de toutes natures, des forêts d’épines impénétrables... et tout cela est peuplé de monstres, d’animaux préhistoriques de cités avec les descendants d’antiques romains, croisés, atlantes, pirates malais...(JPEG) et d’autres peuplades plus étranges encore telles les Hommes-singes, les Hommes-fourmis ou les Ononos et bien d’autres choses encore...

Bien entendu, ces peuples sont souvent gouvernés par des reines blanches, souvent brunes et cruelles, comme il se doit.

Tarzan a été créé en littérature en 1912 et repris en BD en 1929 et fut, avec Buck Rogers, l’un des tout premiers strips non-comiques. Au strip journalier vint s’ajouter assez rapidement, le dimanche, une planche hebdomadaire en couleur. D’abord réalisé par Hal Foster, le titre passe aux mains de Burne Hogarth, lorsque le premier s’en va pour créer Prince Valiant. Engagé pour sa capacité à faire du Foster-like, le nouvel arrivant va assez vite se dégager de cette influence et la série s’envole vers d’autres sommets. Son style baroque est énergique.

A son sujet, je me permets de citer Jean Paul Rauch dont je vous conseille la visite du site http://perso.wanadoo.fr/bd.petit.format/index.html : Burne Hogarth, expressionniste nourri aux talents des grands peintres européens du début du siècle, admirateur des arts chinois et japonais, chacune de ses vignettes est un espace privilégié où éclatent des compositions flamboyantes. Des lieux magiques où se répondent dans une explosion de couleurs, le mouvement des corps déchaînés, la fureur des bêtes sauvages terrassées par Tarzan dans une jungle où chaque combat, chaque élancement de l’homme singe, sont prétextes à un éblouissement pictural sans pareil. Ce n’est pas le fruit du hasard si Burne Hogarth hérite un jour du surnom, plutôt flatteur, de Michel-Ange de la bande dessinée.

(JPEG) J’ajoute que c’est également un enseignant très estimé et l’auteur de plusieurs livres renommés sur le dessin de l’anatomie humaine.

De l’œuvre de Hogarth dans les pages dominicales, Moliterni sélectionne 5 histoires réparties sur la totalité du run qui dura une bonne quinzaine d’années.

La première, Tarzan et les Boers, est un western. On remplace les Boers par une caravane de pionniers, les noirs par des indiens et Tarzan par un héros de l’Ouest quelconque (genre Davy Crockett ou Buffalo Bill) et l’histoire reste la même. Ce récit est encore calqué sur le style de Hal Foster, même s’il est agrémenté de quelques gueules patibulaires où se pointe déjà le style à venir.

Le déchaînement vient dans les 3 histoires suivantes ; des histoires de cités perdues, classiques dans la SF du début du XX ème siècle, mais très dépaysantes quand on s’attend à des histoires pépères d’un Tarzan proche de celui du cinéma. C’est surtout le dessin qui frappe ; la jungle n’a jamais été aussi luxuriante, l’Afrique aussi dangereuse et mystérieuse et Tarzan aussi bondissant. Hogarth indiquait que, pour lui, les 2 pieds du héros ne devaient jamais être posés sur le sol en même temps.

Bref le bonheur !

Dans la troisième de ces histoires, interviennent les très spectaculaires Ononos, des grosses têtes munies de longs bras. Ca semble ridicule dit comme cela, mais absolument pas à la lecture. Je signale que pour la première édition en France, l’éditeur avait dû, sous menace de censure, faire redessiner tous les Ononos pour les transformer en pygmées. Retour à du plus classique d’aventuriers, chasseurs de trésors peu scrupuleux dans la dernière histoire, le dessin est toujours bon, mais on sent une certaine lassitude. L’auteur ne tardera pas à partir explorer d’autres horizons...

(JPEG) Il reviendra sur Tarzan au début des années 70 en adaptant, cette fois, le tout premier roman. Mais on a dû trop lire qu’il était le Michel-Ange des Comics, car le livre manque de dynamisme et est une suite de jolis tableaux, gâchés par une colorisation des plus déplorables. Enfin, ca ne m’a pas empéché de le prendre sur Ebay quand j’en ai eu l’occasion.

Bien sûr, après un livre comme celui là, j’ai envie d’autres Tarzan. Coup de chance, Edition Spéciale a tenté en 70/71 une intégrale des romans de Tarzan qui s’est arrêtée au n° 12, et ils sont en vente en déstockage par lot de 2 à un prix ridicule. J’en profite pour acheter les 5 John Carter de Mars et les 2 Pellucidar. En BD, je découvre d’autres dessinateurs talentueux (comme Russ Manning ou Joe Kubert) mais aussi quelques tâcherons.(JPEG)

Plus tard, je découvrirai le livre de José Philip Farmer : Tarzan vous salue bien (une somme d’érudition sur le sujet) et celui de Lacassin : La légende de Tarzan (qui fait le tour des différentes représentations de Tarzan dans les divers médias et de imitateurs)

Plus tard encore, je trouverai sur une brocante cette fameuse édition de Tarzan pour 10 Euros avec une couverture bien esquintée, mais pas une seconde d’hésitation pour l’acheter ; les Madeleines, ça n’a pas de prix !

Enfin, je signale, pour être complet que Tarzan aurait du tomber dans le domaine public, mais son créateur Edgar Rice Burroughs a déposé ce nom comme marque commerciale, coupant l’herbe sous le pied aux imitateurs de tous poils.

Cet article est dédié, avec émotion et respect, à Monsieur et Madame Estève.

Envie de discuter à propos de cet article ?
Créez un topic sur notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/

Une erreur ? Un oubli de notre part ?
Pas de soucis : envoyez-nous un mail pour que nous corrigions francecomics@gmail.com

Cet article a été lu par 4453 visiteurs

France-Comics est un site animé par des rédacteurs bénévoles. Vous pouvez prendre contact avec nous via notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/