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jeudi 31 août 2006
par Vincent ’Old School’ Nasello

"Mon" Conan


Au début des années 70 le marché de la Science Fiction est assez simple : un désert avec quelques oasis ! 2 revues ; Galaxie et Fiction... quelques collections assez chères, une collection dite « de gare » avec le Fleuve Noir. Bref, un peu de SF classique, des Space Opéras de qualité discutable, à de rares exceptions... Par contre, je dois à la vérité que les éditions Marabout nous livraient une magnifique collection de Fantastique classique ! Dans ce tableau, vous constaterez qu’il y a une grande absente, celle qui aujourd’hui occupe bien 80 % de la production : la fantasy. De l’un des piliers, Tolkien, seul Bilbo le hobbit était à peine disponible, l’autre, Howard, était un illustre inconnu.

(JPEG) Inconnu ? Enfin pas pour tout le monde, je le connaissais par ouïe-dire. J’avais lu quelque part qu’il existait, pour le fantastique américain des années 30, une sainte trinité dont Lovecraft était le père, Howard le fils et Smith, le (mauvais) esprit.

Du premier, j’avais lu ce qui était facilement disponible ; 4 livres en Présence du Futur, et « Démons et Merveilles » dans la prestigieuse collection 10/18 (qui en inversant l’ordre des nouvelles en trahissait le sens !) et je rêvais au mythique "Cahiers de L’Herne" qui lui était consacré.

Pour les 2 autres, leurs œuvres n’étaient pas disponibles en français et je savais seulement que l’immense Jacques Bergier leur vouait une admiration sans borne, ce qui, évidemment, me frustrait encore plus...

Mais pour une fois, CROM devait être à l’écoute des humains, car en 1972, après un début de publication en poche de Tarzan, John Carter et Pellucidar, Edition Spéciale, nous gratifiaient de 2 Conan grand format (un troisième suivra quelques mois plus tard) sous des couvertures magnifiques de Philippe Druillet. Bien sûr, je me précipitais. Passé la douloureuse expérience du passage en caisse, car chaque volume coûtait 20 francs (10 fois le prix d’un Strange) ce qui était considérable à l’époque, je m’isolais dans mon antre et cessant toutes autres lectures, je me plongeais avec délice dans le monde Hyboréen.

Première surprise, il ne s’agissait pas, comme dans John Carter avec lequel il avait quelques points communs, de romans, mais d’une suite de nouvelles avec Conan comme héros récurent, mises dans l’ordre chronologique par Lin Carter et Sprague de Camp. Certaines étaient d’ailleurs complétées à partir de fragments laissés par Robert Erwin Howard, sans surprise, elles étaient moins palpitantes que celles dont il avait seul la paternité.

(JPEG) Seconde surprise, si l’auteur date à peu près la période à laquelle les histoires se déroulent (environ 10 000 ans après la chute de l’Atlantide et 10 000 ans avant qu’on écrive l’Histoire, ce qui laisse supposer un nouveau cataclysme), la Terre est bien différente de celle que nous connaissons :

-  Géographiquement d’abord, carte à l’appui

-  Culturellement ensuite, un pachwork de civilisations co-existent plus ou moins bien (plutôt moins d’ailleurs)

-  Enfin la magie est omniprésente et bien réelle avec son cortège de sorciers, démons et autres monstres (contrairement à John Carter !)

Le héros est un colosse d’une force herculéenne qui se vante d’être un barbare, mais sous la plume de Howard il ne s’agit pas d’une insulte, bien au contraire, son barbare est noble et franc, car non encore corrompu par la civilisation. On est proche du bon sauvage de Rousseau, sauf que Howard n’est pas naïf et son sauvage reste violent, la lutte pour la survie est omniprésente.

N’allez pas croire, comme l’on fait certains critiques qui se fient à des « on-dit » au lieu de lire les œuvres, que Conan soit un grand bêta dépourvu de la moindre intelligence. Bien au contraire, et s’il finit par devenir roi, ce n’est pas par la seule force de ses muscles, mais parce que sa soif d’apprendre l’a transformé.

Il apprend toutes les langues des pays qu’il traverse et les écrit. De simple mercenaire, il devient général et maîtrise l’art de la guerre tant physiquement au combat qu’intellectuellement par la stratégie. Il est également doué de ce que l’on appelle maintenant « l’intelligence émotionnelle » et a de l’empathie pour les plus faibles et s’il ne dédaigne pas les coucheries d’un soir, dans un monde ou le viol est monnaie courante, il ne s’est jamais abaissé à forcer une femme, même si ses manières sont parfois un peu rudes.

(JPEG) Bref un mix d’Hercule et d’Ulysse, tels que nous les avait présentés la tradition populaire. Moi qui adore les péplums, j’étais aux anges.

Las, comme pour les œuvres d’ Edgar Rice Burroughs, la série s’arrête au bout de 3 numéros.

Mais, j’entends déjà, là-bas dans le fond, certains dire : « cela est bel et bon, mais nous sommes sur un site consacré aux comics, et tout ceci n’a aucun rapport avec notre passion ! »

Ah ! Un peu de patience, belle jeunesse, j’y arrive... J’y arrive...

La structure quasi-feuilletonnante de cette édition de Conan m’avait fait penser qu’il s’adapterait parfaitement à une publication en BD. En 1972, de l’autre côté de l’Atlantique, Roy Thomas avait eu la même idée et avait fini par convaincre la direction de Marvel, réticente au départ. Il voulait John Buscema, il eut droit à un jeune débutant, Barry (pas encore Windsor) Smith et l’on n’y perdit pas au change !

(JPEG) En 1974, dans un Eclipso, Arédit nous livrait le premier épisode. Toujours à l’affût, je me ruais dessus. Au départ, je fus un peu déçu ; ce gringalet avec son casque à cornes n’avait pas grand chose à voir avec l’idée que je me faisais de Conan. Mais bon, il était là, je n’allais pas faire la fine bouche. Au fur à mesure des épisodes et de la maîtrise grandissante du dessinateur, je revins sur ma première impression, ce Conan, élégant, fin et racé, évoluant dans un monde simili-oriental, mais avec un décalage subtil (vite perdu par les dessinateurs suivants) qui nous faisait bien sentir que nous étions ailleurs, était proprement fascinant et, ce qui ne gâtait rien, bon nombre d’aventures écrites par Roy Thomas étaient tirées de nouvelles de Howard. Roy Thomas avait d’ailleurs l’élégance de le signaler. Puis Barry Smith partit vers d’autres horizons... Succès aidant, il fut remplacé par celui qui était le premier choix de l’auteur, John Buscema et en l’espace d’un seul numéro, Conan prit 30 kilos de muscles d’un coup ! La publication se poursuivit en France, d’abord dans l’Inattendu, puis sous son propre titre, toujours en noir et blanc, toujours en petit format.

En 1974 toujours, LUG, l’ancêtre de Semic, lance un nouveau format : l’album librairie en kiosque. En effet, suite à leurs différents déboires avec la commission pour les publications destinées à la jeunesse et en particulier pour la publication des Fantastic Four, la maison d’édition lyonnaise s’inspira du format des albums brochés, plus courant à l’époque que maintenant, doublant le nombre de pages et, comme elle était implantée en kiosques, se tourna vers le mode de diffusion qu’elle connaissait bien. Bien que toujours soumis à cette maudite commission, le format offrait (un peu) plus de liberté.

Ainsi parurent les premiers albums des fantastiques, reprenant la série là où s’était arrêtée la publication dans la revue marvel. Bien qu’un peu chère pour l’époque (mais moins qu’un album librairie, pourtant) ce fut un succès. Peut-être grâce à la qualité exceptionnelle des épisodes concernés, tant graphiquement (le King Kirby était au sommet de son art) que scénaristiquement (en quelques albums nous avions eu droit aux Inhumains, à l’arrivée du Surfeur d’Argent et de Galactus, puis celle de Tchalla, la Panthère Noire). Sous la même forme, LUG se mit à publier des épisodes de Spiderman et, grande nouveauté, Ka-zar.

(JPEG) « Mais quel rapport avec Conan ? » s’impatientent les mêmes que précédemment... J’y arrive, vous dis-je !

Ka-Zar présentait la particularité d’être en Noir et Blanc. Certes, les publications Arédit étaient en noir et blanc, mais de petit format et étaient des adaptations de comics couleur. Là, le noir et blanc était de mise, dès le départ. Le grand format aussi, rendant parfaitement justice à la beauté des dessins.

Enfin en 1976, arriva ce qui était impensable 5 ans plus tôt. Sur le même modèle que Ka-Zar, Lug éditait Conan ! Tirés de « Savage sword of Conan », ces récits dessinés par un Buscema au meilleur de sa forme, transfigurés dans les premiers numéros par l’encrage d’Alfredo Alcala qui les font ressembler, parfois, à des gravures de Gustave Doré, sont à tomber par terre.

Le principe de l’édition est simple : une longue histoire qui fait les ¾ de l’album, complétée par une plus courte, souvent par un autre dessinateur. Nous avons ainsi droit à une histoire de Jim starlin, que je n’aime pas trop car son Conan est trop massif, et une magnifique adaptation de l’Homme Noir par Gil Kane.

A noter que l’histoire principale du numéro 3 « L’abîme du temps » servira de base à un « Et si Conan foulait la terre du XXème siècle ».

(JPEG) Dérogent à la règle les numéros 4, 8 et 9.

Le premier est une adaptation de la fin du seul roman de Howard mettant en scène Conan : Conan le Conquérant. La fin parce qu’il s’agit des parties 5 et 6 d’une histoire commencée dans d’autres revues (le début sera traduit bien plus tard par Arédit dans Démon 18 puis un Hors série intitulé "La main noire de Set"). Frustrant, même si un résumé met les choses en place.

Les numéros 8 et 9 forment une seule et même histoire qui sera, malheureusement, le chant du cygne de la revue.

Mme Vistel ayant eu, encore une fois, raison trop tôt, Conan quitte LUG 2 ans avant l’explosion que va apporter le film de Millius avec Schwarznegger.

Dommage, car j’ai eu l’occasion d’avoir quelques-unes des histoires dans la version italienne et, bien sûr censure oblige, des dessins ont été retouchés, mais assez peu finalement, et LUG a produit une bien belle édition, contrairement à l’éditeur italien qui les a publiées dans un format plus petit mais surtout colorisées à l’emporte-pièce, donnant une magnifique illustration au mot : sabotage !

(JPEG) C’est pratiquement mon édition préférée de Conan ; elle n’est devancée que par « Les Clous Rouges » aux Humanoïdes Associés, sur laquelle je reviendrai.

Pendant ce temps, Arédit continuait à éditer la série régulière, passant des petits formats noir et blanc à des revues couleur, reprenant 3 numéros US.

Arriva enfin le film « Conan le barbare » avec sa magnifique affiche signée Frank Frazetta. Ce film propulsa un obscur culturiste autrichien au rang de star.

Je dois dire que j’ai adoré, mais quelques petites choses me sont restées au travers de la gorge.

D’abord, un seul grand monstre, le serpent, j’aurais aimé en avoir nettement plus, mais à l’ère des effets spéciaux mécaniques, ça se comprend. Nettement plus impardonnable, l’enfance de Conan. Conan esclave résigné à sa condition ?! Conan acceptant de devenir gladiateur sans broncher ?! Pire encore, Conan ne devant sa liberté qu’à un caprice de son maître qui le libère ? ! Le « vrai » Conan lui aurait plutôt enfoncé les doigts dans les orbites, oui !

(JPEG) Passons, ce film a eu au moins le mérite de déclencher une mini-vague de films d’Heroic Fantasy, mais surtout, en France, de débloquer la situation de Conan en livres.

Lattés a édité tous les Conan originaux plus quelques pastiches, avant que les éditions J’ai lu s’en emparent, ne laissant que des pastiches assez quelconques au Fleuve Noir et à France Loisirs.

Les éditions NEO entament une intégrale de Howard, hors Conan, allant jusqu’à nous proposer des textes inédits, même aux USA.

Conan s’installe durablement dans les comics en France et les lecteurs le suivront assez fidèlement lors de ses pérégrinations chez les divers éditeurs. Pour rappel, après la déconfiture d’ Arédit, C’est Mon Journal qui nous proposa une assez jolie édition mêlant pages couleur, pour la série originale, et pages noir et blanc, pour les Savage sword... La perte des droits de Conan signa le début de la fin pour cette grande maison d’édition. cette franchise récupérée par Sémic finit chez Panini qui tenta bien de la maintenir jusqu’au bout, allant même jusqu’à proposer des Conan européens d’assez bonne qualité, ma foi !

Mais mes préférés sont dus aux Humanoïdes Associés :

D’abord un superbe Métal Hurlant spécial Conan, faisant le point dans tous les domaines touchés avec de splendides reportages et dessins préparatoires.

Ensuite 2 albums librairie dont « Les clous rouges » superbe adaptation par mon duo favori Thomas/Smith d’une des plus belles nouvelles de Conan.

(JPEG) Jamais la sauvagerie et la folie n’ont été si bien représentées. Jamais la vision pessimiste et nihiliste de l’histoire de Howard n’a autant éclaté que sur cette histoire, sauf peut-être dans « Le seigneur de Samarcande »

Je considère que c’est une des perles de ma bibliothèque !

J’ai appris qu’un dessin animé est en préparation, visant clairement la classification R aux USA. J’espère qu’il relancera l’intérêt pour Conan et Howard dans le grand public... A moins qu’un Conan 3...

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