Nous sommes le , bienvenue ! Derniers dossiers en ligne : En travaux


Dernières chroniques V.F.
Dernières chroniques V.O.

jeudi 31 août 2006
par Vincent ’Old School’ Nasello

Windsor McCay & Little Nemo


La naissance de la bande dessinée moderne

Ceux d’entre vous qui ont lu mon article sur TARZAN savent à quel point les ESTEVE ont compté pour moi.

(JPEG) Ce couple de professeurs d’arts plastiques (on disait de dessins à l’époque) m’a non seulement apporté son aide, tant morale que matérielle, pour un projet parascolaire lors de mes années de lycée, mais a aussi considérablement élargi mon horizon intellectuel. Dans ces apports, je citerai parmi les plus importants : la découverte approfondie de Léo Ferré, une initiation à l’art moderne en peinture et sculpture...
Même dans le domaine de la BD où je brillais auprès de mes petits camarades ; là où je ne connaissais que la BD franco-belge, les petits formats et les super héros, leurs conseils et leurs prêts m’ont fait découvrir (ou redécouvrir) la BD underground et les daily strips et les suppléments dominicaux et, notamment, que précurseur n’est pas forcément synonyme de ringard et ennuyeux !
Avec le recul, je m’aperçois qu’ils m’ont sans doute tiré d’une petite dépression qui s’installait. Mais baste, cela nous entraînerait trop loin et hors du sujet qui nous intéresse : la BD américaine.

Un peu d’Histoire avant de continuer.
Sans remonter aux hiéroglyphes ou à la tapisserie de Bayeux, comme le font certains, on peut dater l’apparition de la Bande dessinée occidentale au XIXème siècle et à Topfer. Elle s’est ensuite développée dans 2 directions.
-  En Europe et particulièrement en France, elle a pris son essor dans la presse enfantine avec des « héros » comme le Sapeur Camembert, Bécassine ou les Pieds Nickelés.
-  Aux USA, elle a investi les journaux avec de courtes bandes journalières en noir et blanc, les daily strips, puis dans des suppléments dominicaux en couleur, Les comics n’apparaissant que dans le milieu des années 30. Jusqu’à la fin des années 20 et l’apparition de Buck Rogers, Il s’agissait de bandes humoristiques.
Là, au milieu d’une production au mieux « correcte » fleurit un chef d’œuvre d’onirisme et de poésie : Little Nemo in Slumberland.

Retour aux années 70. Lors d’une discussion avec les Estève, j’évoque l’ennui que m’a procuré la lecture du Sapeur Camembert et de la Famille Fenouillard et, inconscience de la jeunesse, je l’attribue à la date de première publication. Un sourire ironique me fait comprendre que je fais fausse route et un fort volume est déposé entre mes mains : « Lis ça et on en reparle... »
Un coup d’œil sur le titre et l’éditeur : Little Nemo d’un certain Windsor McCay, éditions Horay. Inconnus au bataillon, l’un comme l’autre !
« Tu le liras chez toi, on se remet au travail ! »

(JPEG)

De retour à la maison, je feuillette fébrilement l’ouvrage en question et là, j’hallucine ! 1905 et toute la BD moderne est là ! Bulles, couleurs, mise en page... Rien n’est conventionnel ! On est bien loin des cases carrées sagement alignées avec le texte explicatif (et redondant) dessous qui est le lot de la production de la belle époque.
La préface m’apprend que Windsor McCay était un touche-à-tout de génie. En dehors de son activité d’auteur de BD pour le « New York Herald », il faisait des affiches de pub, des cartes postales et était un précurseur du dessin animé avec Gertie le Dinosaure (avec lequel il avait une interaction sur scène). Il avait aussi fait d’autres BD comme « les cauchemars d’un amateur de fondues au chester » mais Little Nemo était son chef d’œuvre et il s’agissait bien d’un chef d’œuvre !

(JPEG)

Elle indique aussi que le procédé utilisé à l’époque (ta technique des plaques d’impression métalliques) permettait un rendu plus fin que celui utilisé pour l’album, d’où une perte dans les nuances de couleurs !
Qu’est ce que ça devait être ! Déjà comme cela, je suis émerveillé par les couleurs pastel qui sont reproduites et l’on me dit que les originelles étaient encore plus belles !
L’histoire est assez simple : Nemo doit rejoindre la princesse du pays des rêves et un garnement du cru, Flip, veut l’en empêcher, et quand Flip n’est pas de la partie, divers éléments font barrage et le font échouer.
Invariablement, Nemo se réveille, le plus souvent au bas de son lit. La situation finissant par tourner en rond, l’auteur finit par la débloquer ; Nemo finit par arriver à ses fins, est présenté à la princesse et son royal Père et Flip, perdant peu à peu son côté antipathique, devient son ami. La suite est consacrée à l’exploration du royaume et si, rituellement, chaque page finit sur le réveil du petit garçon, la page suivante continue le rêve précédent.
Créatures fantastiques, jeux de miroirs, lits qui partent en ballade et autres inondations, se succèdent alors, sans que ce soit pesant ou redondant.
A l’évolution de l’histoire correspond celle du graphisme.
Pas le dessin proprement dit qui reste très travaillé, dans le style Art Nouveau qui a conquis la société de l’époque.
Non, c’est la mise en page qui change.
Les cases d’abord toutes égales commencent par s’élargir, puis c’est la hauteur qui change, puis c’est la forme ronde qui apparaît suivie de déformation de forme et de taille. Mais ces effets ne sont jamais gratuits et restent toujours au service du rêve en cours.
L’intérieur de la case aussi se met à changer. Windsor McCay invente pratiquement la grammaire de ce nouveau média : plan général, palan américain, gros plans, travelling, plongée, contre-plongée... tout y passe et, à chaque fois, d’une façon magistrale, comme cette succession de plans de cet éléphant de plus en plus rapprochés, inventant le zoom !

(JPEG)

Et si les bulles ont été inventées auparavant dans « Yellow kid », elles sont utilisées ici de façon magistrale. Et si tout cela vous semble naturel, remettez les choses en perspective et songez que tout cela date de la première décade du XXème Siècle.

Alors, pourquoi cette œuvre est-elle aussi mal connue ? je pense qu’une des réponses est le fait qu’il s’agit d’une suite d’aventures avec une trame assez lâche et sans rupture nette entr’elles qui ne facilite ni une parution en album, ni une publication gag par gag (comme, à la même époque, Pim, Pam, Poum).
D’autre part, à l’époque, l’œuvre n’était pas publiée en France en même temps ou avec un léger décalage, ce qui n’était pas le cas des œuvres des années 30 comme Tarzan ou Flash Gordon.
Elle reste quand même assez connue pour que de grands auteurs, comme Moebius, lui rendent hommage en publiant de nouveaux tomes avec Bruno Marchand ou comme Giardino qui crée Little Ego, une version érotique avec une belle jeune femme en lieu et place du petit rêveur.
L’œuvre originale, outre cette édition chez Horay, a été re-publiée dans les années 90 aux Editions Milan en plusieurs volumes et une nouvelle édition est annoncée pour octobre chez Delcourt.

(JPEG)

Envie de discuter à propos de cet article ?
Créez un topic sur notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/

Une erreur ? Un oubli de notre part ?
Pas de soucis : envoyez-nous un mail pour que nous corrigions francecomics@gmail.com

Cet article a été lu par 3241 visiteurs

France-Comics est un site animé par des rédacteurs bénévoles. Vous pouvez prendre contact avec nous via notre forum : http://france-comics.dynamicforum.net/