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mercredi 9 juillet 2003
par Stefff56

Interview de Matt Haley


Matt Haley n’est pas un inconnu en France : nous le connaissons notamment grâce à son travail sur Alone in the Dark (l’adaptation comics chez Semic du célèbre jeu vidéo ) et son passage sur Manhunt paru en français dans (feu) Birds of Prey #3 VF.
Un jeune artiste bourré de talents que nous souhaitions connaître un peu plus. L’occasion aussi pour nous d’inaugurer une série d’interviews d’artistes américains. Restez à l’affût !

Bonjour Matt, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions !
Tout le plaisir est pour moi.

Pour nos lecteurs qui ne te connaitraient pas, pourrais-tu te présenter ?
Et bien cela fait maintenant dix ans que suis dessinateur de comics, j’ai surtout travaillé pour Marvel en tant que dessinateur sur la mini-série The Order, et sur quelques albums DC Comics, notamment sur Batgirl, Birds of Prey : Manhunt (NDLR : traduit en français dans Birds of Prey #3 aux éditions Semic), Tangent : Joker, Kingdom et sur mon comic DC favori : Elseworld’s Finest : SuperGirl and BatGirl (que j’ai co-écrit). Je travaille sur une mini-série Vampirella pour Harris. Dernièrement, j’ai travaillé dans le monde du jeu video, avec l’adaptation bd d’Alone in the Dark (pour Infogrames et Semic) et plus récemment Ubisoft sur leur nouveau jeu Xbox « XIII ».

Quel a été ton parcours professionnel ?
J’ai toujours voulu pouvoir vivre de mon dessin, même lorsque j’étais enfant. Je dessinais des personnages de comic sur mon cahier à l’école, je ne travaillais jamais mes maths, je dessinais tous les jours. A l’université, je me suis enfin senti à la hauteur et j’ai envoyé des exemples de mes travaux à DC Comics, et j’ai été embauché pour dessiner un comic Star Trek. La suite, comme on le dit, appartient à l’histoire.

Quelles étaient tes séries favorites ? Et lesquelles lis-tu de nos jours ?
Pas beaucoup, malheureusement, j’essaie de lire les comics conçus par mes amis. J’adore toujours Tellos, des mes amis Todd DeZago et Mike Wieringo. Mon pote Mark McKenna réalise un travail épatant sur sa nouvelle bd pour enfants, Bananatail. Mon ami de longue date, Matthew Clark, est le nouveau dessinateur de la série Inhumans, chez Marvel et j’y jette un œil pour son dessin. Mike Manley bosse sur le formidable magazine « Draw ! ». Je le lis dès qu’il paraît. Sinon j’achète le comics de Steve Lieber. The Interman de Jeff Parker est pas mal non plus. Ah, et le Cuckoo de Madison Clell.

Quels obstacles as-tu rencontré sur ton parcours ?
Et bien, j’ai parfois été épouvantablement fainéant. J’avais une grande gueule, j’ai ennuyé quelques personnes car j’insistais pour fournir un travail de qualité, et c’est pour cette raison que j’ai appris à utiliser Photoshop, pour mieux contrôler mon travail et le rendu impression.

Quelles sont tes principales influences ?
Il y en a tellement... Enfant, Norman Rockwell m’a le plus influencé. A l’école, je lisais la Legion of Superheroes de Mike Grell, et il fut le premier artiste que je me rappelle avoir essayé d’imiter. Alex Toth est un de mes artistes favoris, il m’a tant appris. J’adore le travail d’Al Williamson, Secret Agent X-9 par exemple. Mes influences viennent souvent de films et pas forcément d’autres comics. J’adore les peintres John Singer Sargent, Lord Leighton, Woodhouse, Alma-Tadema, JC Leyendecker, Bob Peak, Dean Cornwell... Il y en a tant. Souvent, mes amis m’influencent, Paul Rivoche est un formidable designer, et m’a beaucoup appris sur la composition et l’utilisation des lignes.

L’une de tes prochaines parutions s’intitule G.I. Spy. Peux-tu la présenter : quelle en est le sujet ? Comment vous est venu l’idée ?
Mon ami Andrew Cosby est producteur de cinéma à Los Angeles, et il y a quelques années il m’appela car il voulait développer une histoire avec un James Bond américain évoluant durant la Seconde Guerre Mondiale. J’ai tout de suite été intéressé, j’ai commencé à faire des croquis, et cela a donné GI Spy, en gros « Indiana Jones rencontre 007 ». Albert Einstein joue un rôle important dans le comic, tout comme Kaitlin Fairchild, un agent anglais, ainsi qu’un maquisard. L’histoire raconte comment Jack Hunter tente de découvrir l’agent double que les Nazis ont placé au plus haut niveau du gouvernement américain durant la guerre. Jack découvre ensuite leur base secrète en Antarctique. C’est fun, nous avons créé toutes sortes d’armes allemandes biscornues.


T’es-tu beaucoup documenté sur les costumes, les armes, les décors avant de te lancer dans le dessin ? Et si oui comment ?
Oh oui. Enormément. J’ai une tonne de livres de référence. Je ne connais pas beaucoup la Seconde Guerre Mondiale, aussi je voulais de la doc’ pour que mon travail colle à la réalité. J’ai créé l’aspect de l’hélicoptère dorsal, le pistolet gyrojet et toutes les étranges gadgets que Jack utilise.

Raconte-nous une « journée type » de Matt Haley ?
Et bien je travaille tard dans la nuit, et je me lève généralement entre 9.00 et 10.00, prend un thé, et file à mon studio. Je consulte mes mails toute la journée, et lorsque je suis sur ma planche à dessin, je laisse mon ordinateur télécharger de la musique. L’après-midi, je travaille sur Photoshop. J’essais d’aller à la gym le soir, mais je n’ai pas de planning très précis comme de nombreux autres artistes, je travaille selon l’inspiration, et heureusement presque tous les jours. Lorsque j’ai besoin de me détendre ou de sortir de chez moi, je ne le fais qu’une fois que j’ai tout bouclé, ce n’est pas pas très ordonné. Mais sinon, je deviendrais cinglé.

Combien de temps consacres-tu au dessin chaque jour ?
Oh, depuis 20 ans ou presque, je dessine tous les jours, même lorsque je n’en ai pas envie.

Hormis les comics, quelles sont tes autres passions ?
La nage, le scotch pur malt, les voyages et ma petite amie.

Parle-nous de tes autres projets en cours ? Gothique, Goddesses, DamnNation, etc...
Et bien, pour le fun, j’avais créé Gothique, une héroïne pour la série C.H.I.X. que notre studio publia il y a des années. Je l’ai ressucité et j’essais de faire quelque chose de plus sérieux, vous verrez. Goddesses est une histoire écrite par Steven Grant, ca parle d’anciens dieux de différents panthéons qui reviennent sur Terre à notre époque. C’est une histoire bien plus profonde, mais je ne l’ai pas écrite. Andrew Cosby (GI Spy) et moi avons dévellopé DamnNation, qui décrit une Amérique du futur mise en quarantaine par le reste du monde à cause d’une invasion de zombies et de vampires, et nous espérons la publier après GI Spy.

En parcourant les esquisses et dessins publiés sur ton site, tu sembles particulièrement à l’aise sur les personnages féminins : je me trompe ? Est-ce parce que dessiner des femmes est plus plaisant ?
Absolument. J’adore dessiner des femmes. Remarque je pourrais sûrement dessiner plus d’hommes pour avoir plus d’admiratrices... Je pense que pas mal d’artistes masculins commencent par dessiner des jolies filles ;)

Que penses-tu du marché du comics aux Etats-Unis ? Penses-tu qu’il soit toujours en crise ?
Je pense que oui, principalement à cause de l’étrange popularité des comics de super-héros. Les éditeurs américains ne semblent pas vouloir faire autre chose, et les super-héros n’attirent pas beaucoup de lecteurs, du moins dans les comics. Je pense que ce média peut faire bien mieux que des gars en combinaisons moulantes se tapant dessus, regardez l’excellent Kane de Paul Grist, ou Eightball de Dan Clowe, ou même Me and Edith Head de Steve Lieber et Sara Ryan. Je pense que si nous, créateurs, allons de l’avant, les éditeurs nous suivront.

Est-ce que le fait de travailler avec des studios de jeux de rôle -roleplaying games - t’apporte quelquechose artistiquement ?
Veux-tu parler de studios comme Wizard of The Coast ou autres, qui crééent des jeux de rôle sur table ? Je ne pense pas pas, j’ai fait quelques travaux pour White Wolf, mais je trouvais cela trop restricitf, bien plus que dans les comics. Si tu veux parler des jeux vidéo, j’adore ça, c’est bien plus marrant et les gens sont formidables, il n’y a aucun problème. Ils me laissent une très grande liberté artistique, je peux m’amuser dans Photoshop. De toute manière, c’est beaucoup plus expérimental.

Si tu pouvais choisir les séries ou les auteurs avec lesquels tu pourrais travailler, que choisirais-tu ?
Hmm... et bien, franchement je m’amuse beaucoup en ce moment avec Andrew Cosby, nous aimons le même genre d’histoires et nous bossons bien tous les deux. Steven Grant n’est pas loin, car j’aime énormément sa manière d’écrire. J’aimerais travailler à nouveau avec Eric Luke (Ghost).Et j’adorerais bosser un jour avec Warren Ellis.

Tu as dernièrement réalisé une couverture Tomb Raider pour l’éditeur Top Cow ; n’est-ce pas contraignant de travailler avec un personnage sous licence ?
Non pas vraiment, je dessine bien les personnages et ils ressemblent à la licence, c’est la même chose que mon travail pour les jeux video. Personne ne s’est plaint de la couverture, donc je pense que cela convenait à Eidos.

Traditionnelle question sur France-Comics : quelle question ne voudrais-tu pas qu’on te pose ? Et quelle serait la réponse ?
Je n’ai pas l’habitude de dévoiler mes journées de richissime playboy ou de prêtre baptiste du Sud profond, j’essaie de me concentrer sur ma carrière actuelle.



Retrouvez Matt Haley sur son site web : www.matthaley.com

Remerciements à Emmanuelle Legros pour la traduction des questions, et à Sergent Pépère pour la relecture de ma traduction.

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