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lundi 4 novembre 2002
par Stefff56

Interview de Xavier Fournier


Ca faisait pas mal de temps que je voulais interviewer Xavier Fournier. Tout simplement parce que j’aime beaucoup ses articles dans Comic Box (Dr Psycho -entre autres - c’est lui !). Et je savais que son érudition dans le domaine du comic était impressionante. L’occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur le monde du comic. Attention, nous sommes bavards ! :o)

Bonjour Xavier, et merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Avant tout, je veux préciser que je ne suis vraiment pas pour ce genre d’exercice. Le journaliste qui se fait interviewer, ça a un côté consanguin. L’arroseur arrosé, le serpent qui se mord... Enfin quoi qu’il en soit, en général je refuse les demandes d’interviews. Je ne pense pas que le rôle des journalistes est de se mettre devant. Il y aurait sûrement des centaines d’auteurs de comics qui vaudraient plus ton temps que moi. Mais bon, ça doit faire plus d’un an et demi que tu me le demandes alors j’imagine que ta détermination mérite qu’on lui réponde :)

Pour les quelques lecteurs qui ne te connaîtraient pas, tu as (notamment) collaboré comme rédacteur à Comic Box - CB -, magazine qui vient juste d’être relancé après plusieurs mois d’absence. Tout d’abord, peux-tu décrire un peu plus ton parcours avant tes travaux sur CB ?

Je publie des articles depuis une dizaine d’années. Avant ça, j’ai exercé quelques années en tant qu’illustrateur/infographiste. Le transfert vers l’écrit s’est fait en 1992, quand le hasard a fait que d’infographiste je me suis retrouvé propulsé scénariste de jeu vidéo...

Prisonner of Ice, c’est ça ? Il me semblait avoir vu ton nom dans les crédits ! Je ne me trompe pas ?

Tu te trompes : il s’agissait du scénario et des dialogues d’Eternam. J’ai bien participé à Prisoner of Ice (d’où mon nom dans les crédits), mais je n’ai fait que quelques retouches graphiques (et aucun travail scénaristique), tout comme sur un ou deux autres jeux du même éditeur. Ça, c’était ma casquette « infographiste ». En 1993 j’ai fait une première incursion dans la presse liée aux comics en tenant une rubrique dans USA Magazine, pendant la dernière année de la revue. Ensuite je me suis tourné vraiment vers le journalisme tout azimut. J’ai couvert des faits divers, interviewé des chanteurs, des acteurs, fait des papiers économiques, politiques, etc...

Comment as-tu plongé dans le monde du comic ? Quels furent les premières séries qui attirèrent ton attention ?

J’ai découvert Mandrake et Flash Gordon dans le Journal de Mickey. Mais la sauce n’a vraiment pris pour moi qu’un peu plus tard, quand quelqu’un dans ma famille a gagné un Strange dans une tombola. Vu que la BD c’était, selon le cliché du moment, pour les gamins, ils ont refilé ça au petit dernier (c’est-à-dire moi) et j’ai donc découvert Strange n°27. Je connaissais un peu la BD européenne mais même petit ça m’intéressait pas trop, je trouvais les histoires simplistes. Pourtant même gosse, je me souviens que je me faisais mes propres BD. Quand j’ai découvert les comics, je suis tombé sur cet épisode des X-Men (#27) où le Mime s’impose en tant que leader de l’équipe en cassant la gueule à tout le groupe. Ce n’est pas du Zola ni même du Alan Moore mais bon... Ça impliquait tout un jeu de relations auxquelles les autres BD ne m’avait pas habitué. Moi le côté guindé des liens entre la Castafiore et Tintin m’avait jusqu’ici gonflé (disons que ce que j’aurais voulu, moi, c’était des albums entiers consacrés à Haddock) et d’un seul coup, j’ai découvert ce monde où les personnages n’étaient pas tous « proprets », où certains avaient des lunettes double foyer, des fauteuils roulants, des handicaps quoi, tout en n’étant pas d’accord sur tout et tout le temps.

Ça fait maintenant 28 ans que je collectionne... J’étais fan des X-Men quand ceux-ci étaient encore en pyjama jaune et bleu. Mes autres favoris des années 70 étaient Captain Marvel, Daredevil, les Gardiens de la Galaxie. Mais en fait l’avantage de Strange c’est qu’il y avait un effet de « vase communicant » : quand Daredevil s’épuisait, Spider-Man remontait un peu en qualité, etc... À côté de ceci j’ai fait quelques incursions chez DC mais Superman et Batman ne m’intéressait guère à l’époque. C’était plutôt les séries secondaires comme les Teen Titans (pré-Pérez à ce moment-là), les Metal Men ou Hercules Unbound de Walt Simonson, etc... En 1983, j’ai commencé à avoir accès à de la VO et donc à de la BD non censurée et pas traduite sans bon sens. À partir de 1986, j’ai collectionné presque exclusivement en version américaine.

Comment s’est monté l’aventure CB il y a maintenant quelques années ? D’où est partie l’idée ? Le projet a-t-il été particulièrement difficile à monter ?

Sur les préparatifs, ce serait très prétentieux de ma part de t’en parler et de m’en plaindre car je suis arrivé sur la fin de cette préparation et je ne suis pas le fondateur. D’ailleurs si tu mets la main sur le numéro zéro de Comic Box, tu verras que je n’y suis aucunement cité. Pour faire court : Fabrice Sapolsky et Lise Benkemoun (accompagnés de David Bjai, maquettiste) travaillaient dans la presse depuis quelques années et à un moment Comic Box s’est imposé à eux comme un moyen de conjuguer leurs deux passions, le journalisme et les comics. Eux, non seulement ont lancé le magazine mais ont investi leur cagnotte personnelle dans l’aventure...

Ils ont promené leur projet pendant des mois dans les festivals et j’ai pu comprendre que pas mal de gens avaient été incrédules. Puis ils ont sorti le Comic Box zéro pour prouver la réalité du projet. Au moment de réaliser Comic Box 1, ils ont décidé d’agrémenter la revue de quelques rubriques, y compris la rubrique Dr. Psycho. C’est là que je suis rentré en scène. Nous ne nous connaissions pas, mais un ami commun leur a parlé de quelques articles que j’avais sous le coude qui cadraient avec cette rubrique. J’ai été recruté juste au moment où ils bouclaient le #1, au début seulement pour rédiger le Psycho mais en quelques jours on s’est bien entendu, on a vu qu’on se complétait et c’est pour ça que dès le #1 j’avais déjà casé quelques autres papiers en dehors de cette rubrique...

Donc pour revenir à ta question première, oui ça a été difficile à monter mais ce sont surtout Lise Benkemoun et Fabrice Sapolsky qui en ont bavé pendant des mois. Moi, je suis un peu arrivé quand c’était tout cuit et qu’il n’y avait plus qu’à écrire. Et je n’ai pas pris les mêmes risques qu’eux.

CB était indépendant des 2 principaux éditeurs de comics en France : Semic et Panini France. Cela a-t-il parfois posé des problèmes comme il en existe dans le domaine de la presse des jeux vidéo ?

Si le fond de ta question est de savoir quelles étaient nos relations avec Semic ou Panini, si nous étions amis ou pas, il faut savoir en finir avec un certain idéal romanesque qui ferait que « Semic » ou « Panini », ce seraient des personnes au sens propre. C’est un peu comme si je te demandais si France Comics est quelqu’un de sympa... Tu ne t’entends pas bien avec « Panini » ou « Semic » et tu ne te prends pas non plus la tête avec eux. Ce sont des marques. Il n’y a pas un type de relations avec elles. Bien sûr pour aller vite un lecteur va te dire « Marvel France m’a répondu que... ». Mais qui est ce « Marvel France » ? Sébastien Dallain ? Jérémy Manesse ? Marco Lupoï ? Et idem chez Semic. Quand tu traites avec « Marvel France » ou avec « Semic », tu ne traites pas avec une seule personne mais en général avec, au bas mot, trois ou quatre par éditeur. Alors bien sûr, il y en a avec qui tu t’entends très bien, d’autres que tu ne fais que croiser et enfin une troisième catégorie avec qui le courant ne passera pas pour différentes raisons. Un type de chez Semic va t’adresser la parole, un autre pas... Vice-versa chez Marvel, etc... Ce sont les aléas des relations humaines... Y a des gens qui ont très bien compris qu’on parle librement de leurs revues... D’autres pour qui ça semblait une hérésie qu’on ne leur laisse pas d’abord lire ce qu’on écrivait ou qu’on ne leur demande pas la permission pour écrire un sujet sur « Gratte-Ciel Man »... Mais ça ne se découpe pas en un bon éditeur et un éditeur mauvais. On n’est pas dans un comic. Il n’y a pas un super-héros et son concurrent qui serait le super bad guy... Donc il y a des gens avec qui nous avons plus des relations cordiales que d’autres mais ça ne fonctionne pas selon leur appartenance à tel ou tel éditeur. Et je pense que ça doit être réciproque, que certaines personnes de l’extérieur s’entendent mieux avec untel ou untel de Comic Box. C’est la vie. Au final tu verras qu’on a pu parler de tous les éditeurs. Quand quelqu’un au sein d’une maison d’édition faisait un peu d’obstruction, pour faire du zèle, il suffisait de voir avec quelqu’un d’autre de la même société. C’est comme cela qu’on a toujours été capable de faire le guide de lecture, même si - quelque fois - quelques individus isolés auraient voulu nous empêcher d’avoir les infos...

Oui mais on peut penser que d’éditer un magazine sur les comics aurait pu vous attirer les foudres de certains éditeurs. Un directeur d’édition aurait pu vous refuser l’accès à certaines infos par exemple. Et cela même si vous vous entendiez bien avec d’autres membres du personnel ... J’imagine que si vous descendez une publication régulièrement, l’éditeur sera peut-être moins enclin à vous filer des infos. Non ?

On « peut penser », « aurait »... C’est plein de conditionnel ta phrase, là... Et de plus tu parles une nouvelle fois de « l’éditeur » comme s’il s’agissait d’une entité indivisible. Je te l’ai dit : Le fait est, que dans la masse, il y a bien eu des gens moins intéressants que d’autres. Disons qu’ils étaient plus royalistes que le roi et, oui, parmi eux, certains auraient voulu contrôler certaines infos, le prévisionnel du guide de lecture par exemple. Maintenant je te laisse seul juge mais à priori nous n’avons pas manqué d’infos dans CB et c’est la meilleure des preuves que ces exceptions n’étaient pas nécessairement investies du pouvoir qu’elles pensaient avoir. Ce sont des cas assez mineurs, plus comiques qu’autre chose d’ailleurs parce qu’il n’y a pas mieux pour attiser l’instinct d’un journaliste que de lui dire « je ne te donnerais pas telle info ».

Une question m’a toujours intrigué : achetiez-vous tous vos comics ? Ou bien les éditeurs vous les envoyaient-ils ? Les deux. À l’époque du mag en mensuel, plusieurs éditeurs (français ou américains) nous envoyaient chaque mois leurs sorties, de manière à ce que nous puissions les chroniquer. Mais de toute manière dans l’équipe, nous étions plusieurs et un lot de revues ne suffisait pas pour notre conso perso. Nous avions donc décidé de garder en archive au bureau ce que nous recevions des éditeurs. À côté de ça nous achetions et achetons toujours notre consommation personnelle avec notre propre budget. Ça a l’avantage que mes comics n’appartiennent pas à la rédaction et que je peux les ranger jalousement chez moi, de manière bien maniaque (en général, quand il s’agissait de vieux comics, les scans parus dans la revue étaient tirés de ma collection personnelle).

Et que sont devenus les archives ? ;)

Je crois que tu n’as pas compris. Nous achetions nos revues de notre côté. Donc, à la fermeture de TSC, nous n’avions pas besoin de double ou triple exemplaires d’épisodes qu’on avait déjà chez nous. Pour autant que je sache, les archives font donc toujours partie du fond de liquidation, à moins qu’elles n’aient été vendues depuis... mais ce n’est plus vraiment de mon ressort maintenant...

Personnellement j’ai toujours été bluffé par le fait que vous réussissiez toujours à « décrocher » des interviews d’auteurs très célèbres. Comment faisiez-vous ?

Il n’y a pas de miracle, nous avons suivi les voies habituelles, celles qu’ont suivit tous les journalistes en France qui ont écrit sur les comics depuis les années 60. Nous ne sommes pas les premiers français ni les derniers à avoir interviewé Alan Moore... Au bout que quelques mois, cependant, dans notre cas particulier, il y a eu une « accélération » grâce au fait que quelques auteurs de comics lisaient un peu le Français et se sont reconnus dans le style des articles. Du coup, ils savent qu’on respecte leurs propos, qu’on n’essaye pas de les rendre plus polémiques qu’ils ne le sont ou au contraire de les censurer pour arrondir les angles. Et ils en ont parlé à leurs confrères. Je sais par exemple que certains auteurs l’attendaient avec impatience chaque mois. Ça a fait un effet boule-de-neige, il a été de plus en plus facile de taper à des portes parfois prestigieuses.

Quel est votre système de travail ?

C’est un état d’esprit qui s’est mis en place de manière un peu par hasard. Je veux dire que si on avait cherché à le faire exprès, ça ne serait pas mieux tombé : Lise Benkemoun a commencé à lire des comics vers la fin des années 80/début des 90’s. Fabrice Sapolsky, lui, a commencé au début des années 80 et moi pendant les années 70. Ça nous donne des points de vue assez différents et complémentaires sur les comics, leurs personnages et leurs auteurs. En quelque sorte nous représentons des « couches » différentes de lecteurs de comics. Rejoints un peu plus tard par Antoine Maurel, ça a donné le noyau éditorial de la revue, avec des réunions de rédactions qui se transformaient en de longues discussions sur tel ou tel épisode. Pour le choix des interviews comme des articles en général, nous en parlons entre nous et régulièrement l’un influence l’autre... On joue la carte de la complémentarité. Par exemple je collectionnais déjà les comics avant la naissance d’Antoine... Mais si au lieu d’écrire Comic Box j’avais voulu faire le petit Xavier Fournier illustré, ça aurait donné une sorte de « les amateurs de vieux trucs parlent aux amateurs de vieux trucs ». Ça aurait été consanguin en quelque sorte et ça ne m’aurait pas intéressé. Ce qui est important c’est cette « interactivité ». Du coup la « méthode » CB, c’était et ça reste de se souvenir que tous les collectionneurs français n’ont pas forcément eu accès aux comic shops, aux fanzines, etc... Les premiers numéros de CB ont été leur premier contact avec une presse parlant de comics et c’est pour cela que, même si certains lecteurs aguerris nous ont trouvé très premier degré sur les premiers mois, c’était tout à fait conscient de notre part. Tu ne déboules pas comme ça sur les gens en leur balançant des trucs sur le Golden Age ou en leur parlant d’auteurs qui n’ont pas été traduits en France. Faut être un peu didactique, y aller progressivement...

L’idée, également, c’est d’être conscient que l’on ne peut pas épuiser un sujet même quand l’article dure 6 ou 8 pages. Si je te disais, fais-moi un article sur Hulk, en 4 pages, je pense que tu (comme tout le monde d’ailleurs) serais bien en mal de faire un truc qui couvrirait toutes les facettes du personnage, de ces auteurs, etc... C’est pourquoi nous avons opté sur une espèce de système de construction : un jour tu parles des héros de l’ère atomique, une autre fois tu fais un sujet sur les monstres, un jour tu fais un sujet sur l’invention de Hulk, etc... Et tout ça fait comme une sorte de puzzle, dans lequel petit à petit tu peux te permettre de devenir de plus en plus pointu, puisque les gens ont eu le temps de comprendre graduellement où tu veux en venir.

Crois-tu que cela a aidé certains néophytes ? N’aurait-il mieux pas fallu pour eux des dossiers plus longs ? D’ailleurs Comic Box est-il destiné aux néophytes ?

Que ça ait aidé, je l’espère. Pour les dossiers, nous n’avons pas toujours fait la même longueur mais parfois nous avons gardé certains angles pour des « suites » ou des variations, comme l’exemple de Hulk. Faire plus long exprès parce que ça fait mieux de faire long, je ne suis pas pour. Quant « à destiné aux néophytes »... Oui et non, tu vas comprendre... En fait il y a une question que tu ne me pose pas, c’est « pourquoi ». Pourquoi j’ai eu envie d’écrire ce genre de trucs...

Il y a quelques années, je suis rentré dans un comic shop où un mec découvrait Man Without Fear, par Frank Miller. Et là le mec s’exclame vers ses copains « p’tain, génial, Frank Miller a inventé un nouveau costume pour DD ». C’était le costume jaune et noir, celui des débuts. Bon ca n’a rien de cata, c’est une anecdote tout au plus mais tous les autres clients se sont marrés, même le vendeur, sans le détromper. Dans les clients, il y avait pourtant un membre d’un fanzine très connu à l’époque mais personne a voulu renseigner le jeune mec. C’était sans doute plus marrant de se moquer de lui parce qu’il savait pas... Et là un certain hermétisme du milieu des lecteurs (en tout cas d’une partie) m’est apparu. C’est toujours très facile d’adopter un ton blasé et de dire « Comment ? Tu n’est pas au courant ? » comme si le type en face avait une maladie honteuse. Seulement voilà, la vérité c’est que tu es toujours le néophyte de quelqu’un d’autre. Il y aura toujours quelqu’un qui en saura plus que toi. Comme je disais, ça fait 28 ans que je collectionne et je continue de découvrir des trucs (tant mieux d’ailleurs sinon ça me lasserait et j’arrêterais).

Ce qui me gêne, c’est quand je tombe sur des vieux lecteurs qui se foutent de la gueule du gosse qui se demande si Cyclope est le frère de Buffy Summers. Parce que bien sur ça fait « néophyte », comme question. Mais bon, faut bien se souvenir qu’on a tous été ce gamin à un moment, qu’on a tous pataugé sur les liens familiaux de Magnéto, sur le secret des molécules instables ou la recette du Gloubiboulga. Ce milieu n’a pas à appartenir seulement à des « spécialistes » qui détiendraient une connaissance et qui se la garderaient entre eux, dans des cercles bien obscurs, où il ne faudrait absolument pas renseigner ceux qui ne sont pas jugés dignes parce qu’ils en savent moins. Où il y aurait des « niveaux » avec des lecteurs plus ou moins méritants selon leur ancienneté. D’ailleurs je pense qu’on a la même approche puisque je vois que ton association fait des expos de présentation sur les comics, veut mieux les faire connaître.... Moi, mon envie à travers mes articles, c’est, dans l’idéal, de ne laisser personne de côté. Où en tout cas le moins de monde possible. Donc, à mon avis, il y a à boire et à manger dans Comic Box, si tu collectionne depuis des dizaines d’années, y a des trucs pour toi. Si tu t’es converti aux comics bien plus récemment, je pense aussi qu’il y a un (autre) niveau de lecture. Maintenant, je ne force personne à aimer, peut-être que des gens ne s’y reconnaissent pas mais c’est une affaire de goût, pas de classification entre des gens qui « sauraient » et d’autres pas.

Tu as pris en charge la rubrique « Dr Psycho » qui, pour moi, était une de mes préférées. Comment l’idée a-t-elle germé ? Et surtout comment faisais-tu pour trouver des sujets aussi divers chaque mois ?

Même gosse, ça ne m’a jamais vraiment intéressé de lire ces trucs au 1er degré. Pour moi la question de savoir si la Chose était plus forte que Hulk ou Thor, ça ne me branchait guère. Les interactions entre les personnages et les exercices de styles sur différentes situations similaires, ça, par contre, j’ai eu rapidement la notion que c’était comme des équations qu’on pouvait regrouper selon certains cas de figures. En 1986 j’avais bossé sur un projet d’article en « feuilleton », sur la mentalité des groupes de super-héros (le leader, la petite amie du leader, etc...) pour le fanzine d’un ami qui ne s’est jamais concrétisé. Mais j’avais écrit au total quelque chose comme une quinzaine de pages. Qui ont dormi quelques années dans un tiroir. Puis dans les années 90, j’ai repris ce brouillon pour le poursuivre, presque machinalement, en me disant qu’il avait matière. C’est après m’être lancé là-dedans que j’ai découvert le livre de Vladimir Propp, « Morphologie du Conte », qui avait, en 1928, la même approche de décoder sous forme d’équation des récits épiques, sauf que lui s’était concentré sur les contes folkloriques russes. Je pense qu’en fait que ça prouve qu’une approche à la « Docteur Psycho » pourrait être appliquée à toutes les formes de fictions ayant des univers assez riches (par exemple les romans noirs, les soap opéras, etc...).

Mon texte est devenu un manuscrit d’environ 250 pages, pour lequel je comptais trouver un éditeur. J’ai donc fait quelques copies de travail que j’ai donné à des amis proches pour qu’ils m’aident pour la relecture. Parmi ces amis, il y avait David Fakrikian, alors pigiste pour Comic Box (aujourd’hui rédacteur en chef de DVDvision). Le truc, c’est que de leur côté Lise et Fabrice avaient eu l’idée de cette rubrique, qu’ils voyaient comme la touche sérieuse du magazine bien qu’ils ne savaient pas trop comment la matérialiser. David leur a parlé de moi et voilà, je me suis retrouvé dans l’équipe, au début seulement pour jouer les Dr Psycho, en utilisant mon système d’équation des cas de figure. Une chose que j’ai apporté en plus du ton qu’ils avaient envisagé, c’est une touche d’humour car il était important que ce soit le reflet de la lecture à plusieurs niveaux qu’on peut utiliser sur les comics. Et ça permet de ne pas trop être rébarbatif (enfin j’espère).

Vu ces années de préparation, tu comprendras que le problème n’est pas de trouver un sujet. J’ai fait le gros des recherches depuis des années (même s’il faut parfois actualiser avec la parution de nouvelles scènes qui renforcent ou invalident le sujet). La question, c’est plutôt d’une fois à l’autre choisir dans la pile de sujets que j’ai. En fait souvent j’ai alterné les approches ; c’est-à-dire partir d’un constat sérieux pour arriver à une conclusion volontairement loufoque ou, inversement, prendre un sujet plus « léger » pour souligner les références très sérieuses qu’il cache. En fait, virtuellement, je pourrais tenir des années sur cette rubrique. Le problème n’est pas de l’écrire mais de choisir le thème.

Et le reste des articles ... paraitra-t-il un jour en recueil ?

Je sais pas pourquoi mais j’étais sûr que tu allais me sortir un truc de ce genre. La réponse est : je ne sais pas, faut jamais dire jamais mais à priori non. Pour l’instant CB me convient tout à fait en tant qu’outil (même si, une fois encore, on est bien d’accord que 12 fois par an ce serait mieux). Plusieurs centaines de pages à la Dr Psycho, je ne suis pas sûr qu’il n’y aurait pas un risque « d’indigestion ». Et puis il n’y aurait pas les contributions complémentaires de mes camarades de jeu.

Parmi tes autres travaux pour CB, de quels articles es-tu le plus fier ? Et pourquoi ? Et inversement, lesquels t’ont paru moins bons ?

Le plus fier ? C’est un terme un peu fort parce qu’il faut toujours se souvenir que l’important dans l’histoire, ce n’est pas nous. Ce n’est pas nous qui faisons les BD, ce n’est pas nous qui créons l’événement. Je crois que c’est bien de garder ça à l’esprit.

Mais l’article que j’avais bien aimé écrire, c’est celui sur les premières traducs VF des années 30 à 50, avec Batman qui s’appelait les Ailes Rouges, etc... Ça m’avait demandé pas mal de recherches pour me procurer les BD en question, mais je pense que c’est le genre de sujet qu’on ne voit pas souvent dans la presse orientée comics. Expliquer le rapport entre Fantax et Fantask, etc... Malheureusement, il est paru dans Comic Box 35 et en quelque sorte il a été éclipsé par l’annonce de la suspension de CB. Du coup, j’ai eu assez peu de retours concernant cet article : dans les semaines qui ont suivit, le courrier concernait surtout l’arrêt de la revue. J’aurais été curieux de voir les réactions...

Côté moins bon, le plus pénible pour moi ce fut dans les six premiers numéros parce que j’envoyais mes articles à distance (à l’époque je n’habitais pas encore Paris) et qu’ils étaient souvent retouchés par des gens de l’équipe qui pensaient que, sur tel ou tel truc, je m’étais planté, parce qu’eux lisaient de la VF et ne comprenaient pas que je donnais la référence VO. Alors ils « corrigeaient » en pensant bien faire. Et du coup quand je recevais mon CB chez moi, en même temps que les abonnés, je découvrais des coquilles qui n’étaient pas dans mon texte d’origine. Le zéro erreur ça n’existe pas mais au moins les fautes que j’ai pu faire (ou que je ferais) je peux les assumer sans problème : ce sont les miennes. C’est très rageant de voir une faute qui n’est pas de toi dans un article qui porte ton nom. Mais ce sont des questions de fonctionnement qu’on a vite réglé...

Parlons maintenant du relaunch de CB : quelles furent les raisons de l’arrêt de CB et pourquoi avoir repris la publication ?

Je pense que les raisons de l’arrêt de Comic Box ont été largement expliquées dans l’éditorial final de Fabrice Sapolsky. J’adhère totalement à ce qui y avait été dit et je ne vois pas ce qu’il y aurait à y rajouter. On n’a pas « changé de raison » depuis...

Quant à savoir pourquoi nous avons voulu ressortir Comic Box... Cette idée... Tu nous vois franchement en train de nous dire « bouh ouh ouh... C’est fini, on ne veut plus jamais réécrire des articles sur les comics » ? Tous autant que nous étions, on rongeait notre frein depuis mai 2001. Il ne se passait pas une semaine sans qu’on réfléchisse à un moyen de le relancer sous une forme ou une autre. Avec Comic Box, je crois que tous les membres de l’équipe, comme moi, se sont trouvé, en CB, un « outil » qui est intéressant parce - en raison de l’alchimie dont je parlais tout à l’heure, sur nos séances de rédaction - que nous savons que nous nous adressons à des publics différents. Aussi bien au lecteur endurci, fan du Silver Age, qu’à la fillette qui lit Danger Girl. Ça nous intéressait donc de continuer à faire vivre cet outil.

Ensuite, sur la question de la date, ça ferait sans doute un bel effet que je te dise que CB est ressorti fin août 2002 parce que nous avions calculé avec un savant algorithme que le moment était le bon, que c’était mûrement planifié, mais la vérité est autre. TSC a été mise en liquidation en décembre 2001 et donc tous les membres de l’équipe ont dû se trouver de nouveaux postes dans d’autres journaux, parfois même pas dans des journaux d’ailleurs. Dès le début, j’ai contacté la liquidatrice de TSC pour racheter le titre Comic Box... Le temps que cela se fasse et que la vente soit entérinée, nous étions déjà en juin 2002. Dans l’intervalle, Fershid Bharucha, le responsable des Editions USA nous a proposé son aide pour une forme de retour en « Annuel ». Conclusion, dès courant juin, la vente ayant eu lieu, j’ai récupéré le droit d’utiliser le titre Comic Box. Fais tes calculs : le bouquin étant sorti courrant septembre et compte tenu des délais d’impression, tu verras que nous avons vraiment fait le plus rapidement que nous le pouvions. Ce n’est, certes, pas un retour en mensuel, mais en tout cas ça a le mérite de continuer à faire vivre le titre... En attendant mieux.

Et au fait, le CB Annual il s’est bien vendu ?

Le CB Annuel continue de se vendre à l’heure qu’il est donc je ne peux pas te donner de chiffres. Le réseau des grands libraires comme la FNAC est très différent de celui des kiosques. En kiosque, tu sais environ au bout d’un mois/un mois et demi quelles sont tes ventes. En librairie type FNAC, c’est plus sur la durée. Cela dit les ventes en VPC via notre site Internet et les ventes en comic-shops ont été excellentes. Reste à voir ce que ça donnera dans le réseau grande librairie. On ne le saura sans doute qu’en fin d’année... Mais de toute manière la parution de l’Annuel 2 est une certitude.

Cette nouvelle forme de parution (annuelle) ne risque-t-elle pas de frustrer les lecteurs ? Une version mensuelle n’est-elle pas à l’ordre du jour ?

Une chose est sûre : cette forme de parution frustre en premier lieu... les rédacteurs. Fais-moi confiance que si nous avions eu le choix, nous serions revenus en mensuel. D’ailleurs si nous avions eut le choix nous n’aurions même pas arrêté, bien sûr. Le problème, c’est que pour une question de logique, il est évident que Comic Box ne pourrait revenir en kiosque que s’il était édité par quelqu’un de neutre. Pour assurer l’indépendance de la rédaction, ça ne pourrait se faire à travers quelqu’un n’ayant pas lien direct avec l’édition de comics en kiosque. Or pour l’instant les éditeurs français qui n’ont jamais tenté l’aventure des comics sont, disons-le, refroidis par les performances actuelles de ce rayon en kiosques. Le retour de CB passe donc par trouver un moyen de résoudre cette question tout en s’assurant une viabilité économique.

Wizard V.F. est-il toujours un concurrent ?

C’est une question délicate parce que, forcément, expliquer que Comic Box n’est pas Wizard, ça va passer pour du règlement de compte. Or dans la vraie vie nous ne nous entretuons pas. Je ne change pas de trottoir quand je croise un pigiste de chez Wizard. On ne se montre pas le poing. Il nous arrive même de boire des coups ensemble. On n’est pas des sauvages. On ne va pas se cracher au visage parce qu’on n’a pas le même patron... La vraie concurrence, selon moi, elle n’existe qu’entre deux chaînes de télévisionouderadio. Pendant que tu regardes la Une, par exemple, tu n’es pas en train de regarder la Deux. Donc regarder l’une te prive de l’autre. Dans les kiosques, c’est différent, parce que le fait d’acheter un livre ne te force pas à louper l’autre.

Sauf pour le public pas forcément fortuné qui doit choisir...

Le public pas forcément fortuné doit forcément faire un choix sur tout et du coup son choix ne se limite pas à choisir entre W et CB mais entre tout ce qu’il y a sur le rayon BD. Donc si on y a va par là même Wildstorm Universe était un concurrent... Le public pas fortuné n’a pas les moyens de se payer l’ADSL et ne peut pas visiter tous les sites à cause du prix de la connexion. Est-ce que ça fait de ton site un concurrent plus acharné des autres sites comics ? Est-ce que tu penses à eux en tant que « menace » concurrente à cause de ça ? Non, finalement, en termes de concurrence, Wizard n’a jamais été un problème. Je ne nierais pas qu’on était inquiets au début. On s’est vraiment demandé si la grosse machine américaine n’allait pas débarquer et nous bouffer tout cru. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Je crois que les gens ont bien compris la différence entre les deux titres. A commencer par l’indépendance.

En fait, quelque part, ça nous a légitimés auprès de beaucoup de lecteurs. Il y a eu une époque où c’était facile de dire qu’on ne nous lisait que parce qu’il n’existait rien d’autre dans le domaine. Maintenant c’est vrai que leur avantage est d’être édité par une plus grosse maison, Panini, qui ne peine donc pas à amortir les coûts de structure, à plus forte raison parce que cela coûte moins cher d’acheter les droits d’une revue à l’étranger que d’en produire une 100/100 française. Du coup, parce que moins chers à produire, ils nous ont survécu, c’est vrai, puisque CB coûtait plus d’argent à faire... Mais pas sans faire l’économie d’un relaunch eux non plus puisqu’ils sont repartis au numéro un au printemps dernier, alors que pourtant ils n’avaient plus de « concurrence », si l’on peut dire qu’il y en a eu un jour. Et d’ailleurs, pour le peu que j’en ai vu, la nouvelle formule lorgne de plus en plus vers un format à la « Marvel le Magazine » que vers le tout-info que c’était supposé être...

Très franchement, le fait que Wizard existe ou pas ne pèse pas dans la balance concernant le sort de Comic Box. Nous n’avons jamais caché à nos lecteurs l’existence de Wizard. Nous avons même été les premiers à annoncer sa venue en France, je crois avant même que Panini ne le fasse. Nous n’étions pas celui qui était le plus gêné par l’existence de l’autre. C’est bien simple, si tu comptes les hors-série, nous n’avons jamais sorti autant de numéros de CB qu’après que Wizard ait commencé à être traduit en France. Dans l’année qui a suivi, nous avons sorti 16 numéros (12 mensuels + 4 hors-série) de CB. Certes, nous avons été obligés de suspendre la production de CB, mais parce que l’érosion du lectorat (non seulement de CB mais aussi du rayon comics en kiosque) ne nous laissait pas entrevoir de solution pour retrouver assez rapidement un seuil rentable.

Que penses-tu de l’état du comics dans l’hexagone ? Les publications en kiosque ne risquent-elles pas de disparaître au profit des albums en librairies ?

D’abord une chose : les comics VF ont perdu une partie des lecteurs au profit des comics VO qui bien que plus chers ont un contenu qui respecte la volonté de l’auteur. Ce n’est pas tout à fait dû au hasard. Je trouve particulièrement horrible ce « jeunisme » mis en place graduellement dans les traductions des VF à partir de la fin des années 80 et qui continue encore aujourd’hui. Ça et quelques énormités qui font qu’on a vu Gambit appeler sa « bike » son « vélo ». Attention : faut dire que certains personnages américains se prêtent à ce jeunisme et que c’est dans leur mentalité. Mais certains traducteurs laminent les dialogues en aplanissant toutes les différences de vocabulaire. Dans une case VF Reed Richards va se mettre à dire « Sans déc ? » alors que Ben Grimm va répondre « élémentaire mon cher ». Je pense qu’il y aurait un gros travail de reprise en main à faire au niveau de la transcription française. Ça fera sans doute bondir les traducteurs mais ça n’est pas normal, quand on ouvre une VF qu’on soit capable de reconnaître le style du traducteur mais pas celui de l’auteur de la VO. Les styles respectifs disons de JMS, Fabian Nicieza, Peter David et Chris Claremont sont très différents quand tu les lis en VO. Ça ne me paraît pas normal que ces différences soient aplanies par le traducteur VF. Ça rend la lecture désagréable. Pas mal de lecteurs sentent bien qu’une partie de l’histoire leur échappe...

Et comment résoudre ce problème à ton avis ...

Je pense que tout le monde a sa petite idée mais que c’est très facile de dire « il faudrait... ». S’il suffisait d’une solution en deux ou trois phrases pour relancer les comics, les éditeurs l’aurait trouvée depuis longtemps. Non, en fait, je sais comment relancer les comics en France : il suffirait d’enfermer une douzaine de dessinateurs et scénaristes dans un château, filmé 24h sur 24. Tous ne sauraient pas forcément dessiner. Il y aurait quelques bimbos incapables de tenir un crayon. Mais enfin ça serait diffusé tous les soirs sur une grande chaîne TV et chaque fin de semaine, il y aurait le « prime », correspondant à la sortie d’un nouvel épisode. Et dans les profs on recaserait des vieux routards disparus genre Herb Trimpe, Don Perlin et tous les samedi Céline Dion irait leur chanter des airs... je suis sûr que ça casserait la baraque, non ? A part cette solution expéditive, je ne vois pas d’autre moyen que retrousser ses manches...

Pour en revenir au transfert vers la VO, Je pense qu’un fait qui a joué, c’est que certaines séries n’ont jamais été terminées en VF parce qu’elles n’étaient plus rentables en France. Mets-toi à la place d’un fan de DC. Même à l’époque de la série JLA de Semic, c’était un peu mince pour suivre cet univers. Donc à choisir entre une seule série diffusée à ce moment en France et tout un univers disponible en VO, pas étonnant que les Français anglophones se soient tournés vers les comic shops. Du coup, et pour revenir à ta question, des collections comme 100/100 Marvel et Semic Books ont récemment trouvé une vraie utilité. Au début, quand il s’agissait seulement de publier en version luxe des trucs qui allaient sortir en kiosque quelques semaines plus tard, il n’y avait pas d’utilité conceptuelle. Mais là, les albums en librairie sont devenus le moyen de sauver des séries qui, comme Daredevil, Authority ou Tom Strong, n’ont plus assez de lecteurs en kiosques (c’est un peu la même logique pour Comic Box Annuel). Ça veut dire que les gens qui, sans ces collections, auraient dû se tourner vers la VO, peuvent continuer à suivre la série en VF. Donc sur le long terme ça peut être bénéfique à la VF en lui permettant de ne pas se priver de certaines séries. Autrement, par exemple, je ne suis pas du tout sûr que les lecteurs VF auraient eu droit au Green Arrow de Kevin Smith...

Cela dit à mon avis les futurs lecteurs se trouveront dans les kiosques. S’il n’existe que des comics en librairie format album, ne crains-tu pas qu’on mette le comics dans un ghetto encore plus étroit qu’il ne l’est. Au moins en kiosque, il se prête plus à un achat impulsif... Et puis pour les VO tout le monde n’a pas de comic shop au coin de sa rue ...

Oui et non. D’un côté je suis assez de ton avis. D’un autre côté, faut se souvenir que ce « petit » réseau des librairies, c’est là où Largo Winch se vend par centaines de milliers d’exemplaires. Le mot ghetto pour ce réseau n’est donc pas forcément bien choisi. Le problème, c’est que les éditeurs de comics VF n’ont peut-être pas les épaules pour se lancer dans ce genre de distribution massive et je ne pense pas leur faire injure en disant çà. C’est juste un nouvel élément dans lequel ils s’acclimatent à peine. Mais peut-être que demain, ils auront ces épaules grâce aux expériences d’aujourd’hui. Où alors un petit nouveau débarquera et instaurera de nouvelles habitudes. Après tout il y a bien eu une époque où Hulk, Flash et les autres étaient vendus en petit formats NetB de 120 ou 160 pages, alors va savoir...

Que penses-tu des webzines que l’on peut trouver sur le net ? Penses-tu que cela a un impact sur la situation des comics en France ?

Pourquoi me poser la question plus sur les webzines que sur les fanzines ?

Parce que les webzine sont accessibles directement et immédiatement et mis à jour plus régulièrement.

Hum... Tu n’animerais pas un webzine des fois, toi ? ;-) Je suis désolé mais je ne suis pas d’accord avec cet apriori. Les deux sont complémentaires. Déjà, sur la mise à jour « régulière », j’ai connu un certain nombre de fanzines qui étaient mensuels. Or, par exemple, si je regardes ton site, sa dernière mise à jour remonte au 19 septembre, alors que là, à l’heure ou je te réponds, nous sommes déjà le 4 novembre (et ce n’est pas une critique, ça fait des plombes que j’ai pas actualisé mon propre site). Donc les webzines ne sont pas forcément plus rapides que les fanzines. Et puis il y a un rôle de « mémoire » joué par les fanzines. J’en ai un dans ma collection qui remonte à 1967. Je peux le lire quand je veux. Ses articles n’ont pas disparu... Par contre les webzines vivent dans l’immédiat et si tu veux accéder à un article qui remonte disons à deux ou trois ans, souvent il a été viré lors d’une mise à jour ou « updaté », ce qui fait que tu ne trouve plus de trace de ce que les gens pensaient de telle série disons en 1998. Aux USA, DC comics a décidé d’arrêter les pages de courrier de lecteurs dans ses mags au bénéfice de pages internet et c’est dommage, parce que sur le long terme ça laissera moins de traces.

Je pense que de nombreux webzines français doivent encore se trouver une légitimité, une spécificité, une utilité, apporter quelque chose, quoi. Si c’est pour faire l’énième site où quelqu’un se contente de copier les infos venues des USA, ça n’apporte plus rien. Moi les sites web qui me semblent aller dans le bon sens, ce sont des trucs comme www.thedarks.fr.st (ou un quelque chose que j’ai lu y a pas longtemps, un webfanzine diffusé en PDF tenu par un certain « El Padre » mais je n’ai plus l’URL), qui produisent vraiment du commentaire (un peu comme Sergent Pépère sur ton site), par opposition à des sites qui jouent les « très bien informés » mais en sont réduits à pomper leurs infos sur les sites américains ou dans Previews. Et là, le site internet qui pompe dans un bouquin imprimé, c’est vraiment le serpent qui se mord la queue, puisque ça veut dire que malgré la rapidité du support ils ont les mêmes délais que des trucs imprimés, qui reprennent eux même l’info des mois après qu’elle soit sortie sur Internet... Mais tous les webzines ne sont pas si carricaturaux. Il y a des sites comme www.comicsvf.fr.st, qui profitent vraiment de la puissance de l’informatique pour faire un truc qui ne pourrait avoir d’équivalent imprimé. C’est un vrai plus.

L’avantage d’Internet aujourd’hui c’est qu’il te suffit de t’asseoir devant ton ordinateur pour trouver en l’espace de 15 secondes des sites de VPC par exemple. Dans les années 80, quand je me suis mis à collectionner des comics en VO alors que j’habitais la région lyonnaise, on n’avait pas ce genre d’outil. C’est sûr que ça facilite la vie. Je ne suis pas sûr que ça « créé » de nouveaux lecteurs, mais en tout cas ça structure un peu le milieu des collectionneurs français et autrement que dans un simple rapport Paris/province.

Et encore, je fais partie de la génération qui allait à l’école au moment de la grosse explosion « Strange » dans les années 70. Quand j’étais en cours moyen, tous les gosses de ma classe connaissaient au moins peu Strange et ses persos. Je connais des lecteurs qui ont découvert la VF un peu plus tard et le climat n’était plus du tout le même, c’était moins un objet de discussion dans les cours de récré. Eux, ils ont collectionné dans leur coin, sans pratiquement rencontrer d’autres collectionneurs avant que quelques années se passent. Pour des gens dans cette situation, pouvoir parler avec d’autres collectionneurs via Internet c’est une vraie révolution. C’est là un avantage sur les fanzines parce que souvent ceux-ci sont surtout diffusés via les comic shops. Certes, ils sont vendus par correspondance, mais pour les commander encore faut-il falloir ce qu’ils valent et tu ne peux le savoir que si tu les as déjà vus en vente quelque part. Le taux de fanzines sur les comics en Ardèche n’est pas très répandu. En revanche, si tu es un internaute ardéchois tu as accès à une infinité de sites sur les comics...

Maintenant il y a le revers de la médaille, c’est-à-dire que certains (j’insiste sur certains) sites n’ont pas beaucoup de substance et ne font que répéter plus ou moins ce qu’ils ont lu ailleurs... En le déformant. Le principe est le même sur les newsgroups, où tout le monde y va de sa petite théorie. Sauf que des fois certains ne font pas la nuance. Toi tu vas dire « Je pense que cette série devrait s’arrêter » et un autre va le lire, le répéter sur son site et ça va devenir « j’ai lu quelque part que cette série va s’arrêter... » Et allez hop, la rumeur est lancée. Un exemple :à la sortie de Origin #1, j’avais posté une blague sur le groupe de news que je fréquente en disant un truc du genre « Ah, vraiment, j’aurais jamais deviné que Magnéto était le fils de Logan », en n’expliquant que quelques lignes plus bas que c’était une blague à l’attention des autres habitués du groupe.

Oui je m’en rappelle...

Et bien, moins de deux heures plus tard, le message avait déjà été repris par plusieurs autres groupes et mailing lists, par des gens qui avaient lu mon message en diagonale, qui ne s’étaient pas aperçu que c’était un gag à deux balles et qui affirmaient bien haut savoir que Magnéto était vraiment le fils de Wolverine. Voilà toute la confiance que j’accorde à Internet...

Oui malheureusement c’est le problème plus largement des hoax. On ne répètera jamais assez qu’une information ça se vérifie ... surtout avant de la diffuser !

Que penses-tu de l’arrivée de Joe Quesada à la tête de Marvel ?

L’arrivée en elle-même ? Ça remonte déjà à presque deux ans et demi. Je pense que la question est plus de savoir ce qu’il a fait depuis cette arrivée. Le vrai mérite de Quesada, c’est d’avoir redynamisé l’écurie de titres Spider-Man et d’avoir également su imposer les titres Ultimate. Je suis beaucoup plus réservé sur la coordination des titres X-Men, non seulement sur le plan artistique mais aussi commercial.

Contrairement à ce que pensent ou disent certains, je ne vois pas l’arrivée de Joe Quesada comme étant une prise de commande du côté créatif. Ce serait très naïf de croire ça. D’abord Joe Quesada, ça n’est pas le premier créateur de comics qui se retrouve bazardé éditeur-en-chef. Stan Lee, Roy Thomas, Jim Shooter, etc... Tous créaient des comics avant de devenir EIC.Ce serait un peu fleur bleue de penser qu’avant lui ce n’était pas bien et que depuis son arrivée tout est miraculeux. D’ailleurs un certain nombre d’auteurs ont été éjectés depuis sans plus de ménagement qu’Harras ou DeFalco en aurait eu. Cela dit j’admire un certain nombre d’initiatives quesadiennes, comme Alias ou les Ultimates. Simplement je ne veux pas rentrer dans le système qui consiste à dire qu’avant lui il n’y avait rien de bon de fait. C’était le marasme dans les titres Spider-Man, c’est vrai, mais il ne faut pas oublier que l’ère Harras nous a donné les Thunderbolts et les Vengeurs de Busiek, a conservé le Black Panther de Priest quand Quesada n’en voulait plus chez Marvel Knights, etc...Alors d’accord y a eu des plantages comme « Trahison » sur les titres Vengeurs, mais bon, de nos jours Quesada a connu l’équivalent avec des séries comme Brotherhood, Soldier-X, etc ... La vraie force de Quesada par rapport à Harras c’est de s’imposer médiatiquement et de s’être ménagé un peu d’indépendance par rapport aux financiers de Marvel, qui serraient la laisse autour du cou de Harras. Je crois qu’une chose à garder à l’esprit c’est que Quesada fait visiblement du mieux qu’il peut, tout comme Harras le faisait en son temps. Mais qu’Harras avait sur le dos des actionnaires qui ne le lâchaient pas et qui voulaient qu’il transforme toutes les séries en leur appliquant la recette des X-Men. Les mêmes actionnaires qui avaient fait pression pour qu’il ne soit plus fait mention de l’homosexualité de Northstar parce qu’ils ne voulaient pas être associés de près ou de loin au mouvement homo... Quesada est assez grande gueule pour que les actionnaires n’osent pas trop le cadrer quand ses auteurs décident de ramener en fanfare le même Northstar... Assurément le règne de Quesada est... Différent. Je dois avouer que je ne suis pas super intéressé par les initiatives qu’il a eu ces derniers mois pour attirer des auteurs à la Vertigo sur des titres super-héros. Ça me paraît un peu contre nature. C’est un peu comme si on allait chercher Jean-Luc Godard pour tourner un Star Wars...

Oui mais d’un certain côté, ca apporte du neuf, des angles de vue inédits... Regarde, Grant Morrisson en quelques épisodes fait bien plus que Lobdell en plusieurs années !

A chacun son avis. On pourrait disserter longuement sur le sujet. Moi je trouve que (New X-Men), c’est vraiment pas bon depuis des années, arrivée de Morrison ou pas, et que ça ne mérite pas d’occuper sa place actuelle dans le classement des ventes. Est-ce que c’est réellement, en ordre de qualité, la deuxième ou troisième meilleure série que peut nous proposer le marché ? J’en doute beaucoup. Lobdell ou Morrison, ça n’y change rien. Cassandra Nova, c’est du même tonneau que Onslaught, c’est le vieux coup du « jumeau maléfique »... C’est une série qui ne doit sa place qu’à une certaine habitude des lecteurs. Avant la fin du premier story-arc de Grant Morrison, les ventes américaines étaient retombées au niveau de Claremont. Franchement si tu veux voir Morisson apporter du neuf, lis The Filth, ça arrache. J’ai bien aimé son Fantastic Four 1234, je pense que sur les FF il serait beaucoup plus à l’aise.

Cela dit, tu ne me parles que de Marvel, mais pour ma part je trouve que DC marque beaucoup de points, sur le plan créatif, depuis quelques temps.

Malheureusement, pour nous autres, lecteurs français, ces petits trésors sont inaccessibles !

Green Arrow est traduit, Semic vient de donner sa chance à Nightwing alors ça n’est pas forcément une fatalité... Une initiative à souligner d’ailleurs c’est que Semic a finalement compris que c’était bien de familiariser les lecteurs VF, qui ont un peu perdu de vue l’univers DC, à travers des biographies de personnages (comme Robin dans leur spécial Nightwing). Ce sont des petits trucs qui peuvent faire la différence. Sinon, c’est sûr que pour certains, habitués à Marvel, un univers vieux de plus de 60 ans comme DC qu’ils n’ont beaucoup pratiqué, ils ne savent pas forcément par quel bout le prendre. J’aime beaucoup JSA et Hawkman, mais j’ai peur que ça, ça ne puisse pas être traduit dans la conjoncture actuelle. One Hundred Bullets est très bien aussi, mais malheureusement les lecteurs VF n’ont eu droit qu’au premier story-arc, qui n’est en fait qu’un galop d’essai. Depuis, ça s’est encore considérablement amélioré...

Hollywood fait les yeux doux aux comics après les avoir boudés pendant longtemps : cela va-t-il se répercuter sur les ventes des comics et sur leurs qualités ?

Il ne faut pas croire à une solution miracle : les adaptations à l’écran ont cessé d’avoir une influence depuis le début des années 80... Ça fait des années, par exemple, que les versions cartoons de Superman et Batman font un carton sur France 3, tous les week-end. Et on sait pourtant que toutes les tentatives récentes pour sortir du DC en kiosque n’ont débouché sur rien de très folichon. De la même manière, tous les gosses que je connais qui sont allé voir le film Spider-Man sont ressortis en demandant à leurs parents de leur acheter... La cartouche du jeu de Spidey. Je n’ai pas entendu le moindre gosse réclamer une BD sur ce perso. Sur le nombre, j’imagine qu’il doit y en avoir mais ça donne une idée de la proportion minuscule. Aux USA, le boom de la série Amazing Spider-Man ne s’est pas produit en 2002, au moment du film, mais l’année avant, avec l’arrivée de JMS sur la série. Les Ultimates, qui n’ont pas eu de film, eux, se vendent aussi bien qu’Amazing Spider-Man. Les Transformers encore plus d’ailleurs...

En France c’est pareil, Semic vend plus d’exemplaires de ses séries Crossgen ou même de Vampi, qui n’ont aucun dérivé à l’écran, qu’elle ne le faisait avec ses spéciaux sur Superman ou Batman, qui apparaissent régulièrement à l’écran, que ce soit en dessin animé ou en redif de séries comme Lois et Clark.

J’ai lu un truc récemment où quelqu’un disait que le film Spider-Man allait relancer les ventes de la BD mais qu’en plus il y allait avoir une seconde augmentation des ventes de comics au moment de la sortie du DVD. Ce qui est complètement idiot, puisque par exemple c’est comme dire que, parce que Witchblade est passée sur Canal + le mois dernier, ça va faire remonter en flèche les ventes de Top Cow en France. Franchement, si quelqu’un ne s’est pas mis à Spider-Man après tout le battage médiatique qu’il y a eu cette année, s’il attend la sortie du DVD pour s’y mettre, c’est vraiment qu’il a un problème...

Attends, y’a quand même un coffret de la mort qui tue à 1300 brouzoufs qui va sortir ! ;o)

Oui, et les ventes du DVD démarrent énormément bien... Mais je pense que le problème dans cette théorie de « le cinéma va relancer le comic » c’est que c’était vrai jusque dans les années 60-70 (la série TV Batman, par exemple, a relancé le héros et idem pour les téléfilms et dessins animés Spider-Man) et je ne te dis pas qu’un film n’aura FORCEMENT plus aucun effet sur les comics mais en tout cas pour l’instant... Aujourd’hui la situation est la même pour Men In Black ou Blade. Men In Black, c’était un comic à la base. Mais qu’est-ce que les gens en ont à faire en sortant de la salle de cinoche ? Est-ce que tu es pris de l’envie irrésistible de lire un comic en voyant Will Smith ? De la même manière les films de Blade ont cassé la baraque, mais ses multiples séries ont toujours fait un four, même quand elles essayaient de coller au film. Pour nous, fans de comics, ça nous paraît une aberration de penser que quelqu’un pourrait ne pas considérer Spider-Man comme avant tout un perso de BD. Mais la vérité, c’est que plein de gens font de moins en moins le lien écran-BD. J’ai vu plusieurs journaux (y compris américains) de ciné commenter la sortie du film de Sam Raimi comme étant « le retour du perso de dessin animé des années 70 ». Les lecteurs de ces journaux-là ne vont très certainement pas être enclins à chercher la BD...

Le danger qu’il y aurait, ce serait que les comics lâchent la proie pour l’ombre, veuillent trop ressembler à la version ciné en pensant plus vendre. Car de la même manière que des détails BD ne passent pas toujours à l’écran, certains détails "ciné" ne se transposent pas bien en BD. Le vrai moyen de relancer l’intérêt dans certaines séries, c’est de leur attacher des auteurs reconnus. Sur Amazing Spider-Man, il y a un effet JMS évident... parce que quand tu regarde les autres séries... Peter Parker : Spider-Man marche un peu moins et alors du côté de Tangled Web, c’est le plantage au niveau ventes comme on l’a pas vu sur un titre Spider-Man depuis longtemps... Et pourtant tous ces titres exploitent le même perso et devraient bénéficier du même effet « film » s’il y en avait un. Mais on connaît la vraie recette avec des exemples comme quand Quesada/Smith ont rendu son rang à Daredevil. On le voit encore ces jours-ci : ce qui fait que les gens s’intéressent à nouveau à Batman aux USA, ce n’est pas qu’il ressemble au Batman des films ou de la série TV mais bien que Loeb et Lee sont désormais sur la série.

Il n’y a pas de solution miracle pour relancer les comics. Ça serait trop facile. Pour autant je ne suis pas pessimiste. Simplement je veux dire qu’il ne suffira pas d’un claquement de doigts, fût-il cinématographique, pour ramener des lecteurs. C’est un travail de longue haleine. À la longue, oui, sur plusieurs années, l’apparition répétée de films de super-héros pourrait changer un peu les mentalités et faire grossir un petit peu le lectorat. Mais je pense qu’aux USA, le renouveau des comics passe par la reconquête des kiosques, que les comics ont délaissé progressivement à la fin des années 80. Cela dit s’est facile à dire et sans doute moins facile à mettre en place. Tous les gens qui disent « y aurait qu’à... » sont un peu comme des spectateurs de football qui s’arrachent les cheveux en disant « pourquoi il a pas mis le but ? ». Si c’était si facile, ils n’auraient qu’à le faire eux-mêmes. L’analogie avec le Mondial de Foot ne me paraît pas déplacée : plein de gens te disent que les Bleus n’ont pas fait l’affaire. OK. Seulement si ces gens qui donnent des conseils après coup étaient descendus, eux, dans le stade, on aurait pris une calotte encore pire. Là, c’est pareil, il faut avoir un peu d’humilité et se dire que si ramener les comics au premier plan était si facile qu’il suffisait de dire une phrase commençant par « Y a qu’à... », quelqu’un l’aurait fait depuis longtemps, sans attendre le conseil...

Merci Xavier Fournier d’avoir accepté cette interview. Ce fut un vrai plaisir ! Bonne continuation à l’équipe de CB, et merci encore pour votre gentillesse et bravo pour la qualité de vos articles ! :o)

« Votre » gentillesse ? Hé mais c’est pas du jeu, c’est moi qui ai répondu et tu remercie les autres aussi ? C’est trop facile pour eux ! Quand je pense qu’ils sont restés chez eux à lire leurs comics... Bon allez, salut et bon retour chez toi, j’ai un « arrivage » pas encore lu qui m’attends... :o)

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