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Cinder & Ashe #01-04


mercredi 1er octobre 2014
L'avis de Soyouz


(JPEG) Ex-vétéran du Viêt Nam, Ashe a ramené dans ses valises une jeune métisse américano-asiatique qui survivait dans la rue grâce à des larcins, pour le compte d’un américain dénommé Lacey, qui fricotait également dans la contrebande avant qu’Ashe ne l’abatte.
Quelques années plus tard, à la Nouvelle-Orléans, Cinder (son nom vient de ses cheveux couleur braise) et Ashe montent leur cabinet de détectives privés et se font une telle renommée que leur dernier client, Wilson Starger, vient de sa ferme de l’Iowa pour les engager. Derrière la détresse de cet homme, c’est tout leur passé qui va remonter et resurgir au fil de cette enquête.

(JPEG) Remettons cette œuvre dans son contexte. En 1987, soit un peu plus de dix ans après la fin de la Guerre du Viêt Nam, les bandes dessinées traitant du sujet ne sont pas nombreuses (on se souviendra de The ‘Nam de Doug Murray) et encore moins quand il s’agit de parler des conséquences. Cinder & Ashe, derrière son côté polar, explore ces aspects. Le choix du militaire américain et de la métisse asiatique n’est évidemment pas anodin, puisque cela permet à Gerry Conway d’explorer des passés liés mais différents. S’il ne se sert pas de ces vécus pour développer son intrigue (si ce n’est pour faire sortir un ennemi du passé), cela nourrit tout de même une certaine rage et agressivité qui fait avancer les personnages, où leur mission première est devenue le maquillage d’une vengeance. Les images du passé s’intercalent donc dans celles du présent à des moments-clés bien choisis, ce qui donne une fluidité au récit mais également une grosse densité car on a presque l’impression de lire trois histoires. Cela permet également d’appuyer fortement sur la caractérisation des deux héros, l’auteur travaillant également sur l’étrange relation qui existe entre eux. Il joue avec le lecteur un peu à la façon de Chapeau Melon et Bottes de cuir, pour finalement donner une conclusion qui n’est, à mon sens, que plus charmante. Le vilain, Lacey, fait très classique à côté, manque d’originalité, mais reste néanmoins suffisamment dangereux et imprévisible pour le suspense.

(JPEG) La belle image de l’Amérique est quelque peu écornée dans cet album, bien évidemment par le Vietnam (même si les créateurs n’en font pas des tonnes), mais surtout en montrant que ceux qui sont considérés comme des loubards dépravés sont en fait utilisés et manipulés par les richissimes grands pontes de la finance. Conway était visionnaire avec cet ennemi peu visible. Pour autant, la Nouvelle-Orléans n’est pas présentée comme une ville de débauche mais au contraire, pleine de vie, colorée avec des arrière-plans fournis de scènes de rue qui veulent caractériser la ville. On est vraiment loin de New York et ses gratte-ciels. Saigon a droit aussi à la même minutie, peut-être avec moins de précision au niveau des bâtiments, José Luis García-López s’appuyant sur une foule plus resserrée, des bars, des chambres et des ruelles. Ce dessinateur n’a pas été très publié en France (il faut principalement chercher du côté d’Arédit/Artima) et cet album nous permet de le redécouvrir que trop tardivement. La « fluidité dense » (ou la « densité fluide », comme vous préférez) du scénario n’a égale que ses planches, à la fois très fournies tout en étant très clair par les différents plans et une colorisation de Joe Orlando au service de l’histoire, case après case. Le story-telling est également impeccable et très réfléchi, avec des astuces permettant d’aider le lecteur (si cela avait été encore nécessaire) : des récitatifs aux coins arrondis pour Cinder et anguleux pour Ashe, l’absence de cadre dans les cases évoquant le passé (surtout à partir du deuxième épisode).

(JPEG) Enfin, afin de mettre en avant les parties de dialogue en cajun, difficilement repérable en version française puisque très proche de notre langue, Delcourt a eu la bonne idée de mettre ces mots en minuscule, respectant d’autant plus le travail de l’auteur.

Avis : Vendu comme « un incontournable du comics ». Je ne sais pas si c’est vrai mais c’est pas mal proche.

Parution française dans Cinder & Ashe aux éditions Delcourt.

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