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mardi 7 octobre 2003
par Arkos

Interview de John Byrne


Il y a des jours où on est content de se lever le matin. Imaginez : recevoir les réponses d’une interview de l’auteur qui vous a fait aimer le comics et rêver toute votre jeunesse avec des aventures fantastiques ! Il est le plus grand auteur des X-men ( bon, je suis peut-être pas très objectif sur ce coup là !), il a travaillé sur les 4 Fantastiques avec l’un des plus long ’run’ après Lee/Kirby, le ’touche à tout’ des super-héros ( après tout, il est difficile de trouver un héros qu’il n’a pas dessiné). Je veux évidemment nommer John Byrne. Et pour fêter ça, ne ratez pas notre retrospective consacrée à l’artiste !

Comment avez-vous découvert le comic-book ? Quel était votre comic préféré étant plus jeune ?
Et lisez-vous encore des comics aujourd’hui ?

J’ai découvert les comics de super-héros américains lorsque j’étais enfant en Angleterre. Tout a commencé avec la série TV « Adventures of Superman » avec George Reeves. Peu après que je commençais à regarder cette série, j’ai trouvé, dans un magasin pas loin d’où je vivais, un « Annuals » hardcover en noir et blanc qui ré-imprimait des comics américains. Après ça, j’ai trouvé une réedition australienne appelée « Super Comics » avec une histoire de Superboy - ce pourquoi je l’ai achetée - plus une aventure de Johnny Quick, et une histoire de Batman. J’ai souvent dit que c’est cette « rencontre » avec Batman qui m’a changé en fan « à vie ». Batman devint immédiatement un de mes principaux personnages préférés, avec Superman puis, un peu plus tard, Flash, Green Lantern, Hawkman et le reste des personnages DC.
Malheureusement, je ne lis plus beaucoup de comics aujourd’hui, hormis les « Essential » de Marvel et les « Archives » de DC.

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier travail dans le monde du comic ? C’est une histoire compliquée !
J’ai réalisé mon premier travail professionnel environ une semaine avant mon 21ème anniversaire, en 1971. C’était pour un tabloïd mensuel appelé « The Monster Times », et ils m’avaient acheté plusieurs histoires courtes (2 pages) que je leur avais fait . A peu près au même moment, je suis allé à New York pour montrer mon travail à Marvel et DC, et aucun d’entre-eux n’était intéressé. Alors je suis rentré chez moi (à Calgary, au Canada), et au Art College. Mais j’ai continué à proposer mes dessins à diverses publications, comme « Epoch » et « CPL », et c’est ainsi que je suis arrivé sur ROG-2000. Nick Cuti, qui était (à zapper) scénariste et éditeur à Charlton Comics à l’époque (1974) remarqua mon travail et m’offrit de bosser sur « E-Man » pour ROG Stories. En même temps, Tony Isabella, éditeur chez Marvel, me demanda une courte histoire d’horreur pour être publiée dans un magazine noir et blanc que Marvel sortait à l’époque. Techniquement, Tony m’avait passé cette commande, aussi petite fut-elle, avant que Nick me demande de bosser pour ROG Stories, donc cela aurait dû être mon premier travail publié, mais Marvel retarda tellement la sortie de mon histoire (« Dark Asylum » écrite par David Anthony Kraft) que le magazine fut annulé, et l’histoire fut publiée dans un « Giant Size Dracula », en couleur et encrée par Rudy Nebres (à tel point qu’on ne reconnaissait plus mon travail). Donc, ROG Stories fut publié en premier, et Charlton Comics peut se vanter d’avoir publié le premier les travaux de ce mec là ... John Byrne.

Votre travail sur les Fantastic Four est très inspiré des pulps américains des années 30 ?

La plupart des mes idées sur les Fantastic Four proviennent directement du travail de Stan Lee et Jack Kirby, mêlé à beaucoup de science-fiction (Isaac Asimov, Edmond Hamilton, Frank Herbert, Robert Silverberg, Larry Niven, etc...). J’ai lu pas mal de SF depuis que j’ai découvert « Star Trek » à l’âge de 16 ans.

Lorsque vous avez travaillé sur les FF, vous avez changé votre style d’encrage aux alentours du numéro 280. Quelles étaient les raisons de ce choix ?

Je ne suis jamais satisfait de mon propre encrage.

Je me souviens d’une blague dans She-Hulk au sujet de votre encrage. Et j’ai remarqué qu’à cette époque vous utilisiez beaucoup de petites hachures, dans Namor ou OMAC par exemple.

Je ne pense pas que je sois la meilleure personne pour encrer mes dessins, mais je produis un tel volume de travail qu’il est souvent difficile de trouver quelqu’un capable de me suivre. Les meilleurs encreurs ne restent souvent que sur quelques numéros (Terry Austin étant la remarquable exception, bien sûr). Je parle souvent de mon encrage comme « le meilleur reste à venir ! » (comme il est dit dans le film Hot Shots 2).

Générations, Superman, Lost Générations, et même Next Men : vous écrivez souvent au sujet de la "temporalité" (Next men ou Generations). D’où vous vient cette envie ?
Vous étiez fan de la Machine à Remonter le Temps d’HG Wells lorsque vous étiez enfant ?

Mon roman de science-fiction favori est « City at World’s End » par Edmond Hamilton. C’est une histoire de voyage dans le temps dans le sens le plus large (une petite ville américaine est propulsée à des milliards d’années dans le futur par une attaque nucléaire), mais elle me fit découvrir le concept de voyage dans le temps d’une autre manière que la mode du « un jour après l’autre », et je fus immédiatement fasciné. Certaines de mes histoires préférées ont pour thème le voyage dans le temps - dont celle de HG Wells bien sûr que j’ai lu dans Classics Illustrated quand j’étais gosse - et c’est un thème que j’explore avec plaisir dans mes propres histoires. La meilleure chose avec ce genre d’aventures, c’est qu’il n’y a pas de règles, et l’on peut en faire quelque chose de différent à chaque fois.

Durant votre carrière, vous avez travaillé sur beaucoup de personnages Marvel. Etait-ce votre choix ou celui de l’éditeur ? Peut-être vouliez-vous être le Jack Kirby de votre génération ? Vous utilisez souvent des stéréotypes de Kirby.

On m’a souvent appelé le Jack Kirby de ma génération, et bien que j’en sois flatté, je pense que ceux qui m’appellent ainsi ne comprennent pas complètement ce que Kirby a apporté à l’industrie. Si l’on compare, je suis une souris face à un éléphant.
Et c’est largement grâce aux débouchés extraordinaires du travail de Kirby (et de Stan Lee, bien sûr, en grande partie) que je peux revenir encore et toujours sur les personnages qu’il a créés et défini. Comme je le dis souvent, j’adore me divertir avec les jouets qui m’amusaient tant lorsque j’étais enfant.

Que voudriez-vous dire aux personnes qui pensent que votre style est "old-school » ?

Qu’ils ont raison !

Dans la nouvelle génération d’artistes, y en a-t-il qui attirent votre attention ?

J’ai du mal à déterminer quand une « génération » commence et termine. John Romita Jr est-il d’une génération différente de la mienne ou de Frank Miller ? J’ai beaucoup aimé ces 20 dernières années les travaux des frères Kubert, Adam Hughes, Marc Silvestri, Mike Mignola, Paul Chadwick et une poignée d’autres.

Beaucoup de super-héros révèlent en ce moment leurs identités secrètes (Iron Man, Captain America, Daredevil). Ne craignez-vous pas que le comic-book perde son essence ?

L’identité secrète est l’élément central de la plupart des histoires de super-héros. Mais, au-delà, être un HEROS est aussi l’élément central des histoires de super-héros ! Les personnes qui pensent que révéler les identités secrètes soit une bonne idée n’ont souvent pas compris ce deuxième point !

Que pensez-vous de l’industrie du comics aux USA ? Croyez-vous que le comics est encore en situation de crise ?

Si mourir est une situation critique alors... oui !

Quels sont vos nouveaux projets ?
J’ai entendu dire que vous allez travailler avec Chris Claremont pour DC Comics. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet ?

Mike Carlin était coordinateur des éditeurs chez DC Comics puis est redevenu « simple » éditeur, et il s’est retrouvé avec un projet intitulé « The Justice League of America ». Le comic n’allait pas sortir dans les délais prévus, et Mike m’a appelé pour me demander si je pouvais sortir un arc en 6 parties pour l’aider. J’étais d’accord, même si je savais que je ne pourrais pas encrer moi-même mes dessins, à cause des autres projets en cours sur ma table à dessins. De plus, DC est passé au lettrage par ordinateur donc je savais que je n’aurais pas à lettrer le comic. Du coup, Mike et moi avons discuté de ma façon de faire « dans le style vieux Marvel », où l’on commence par l’intrigue générale, puis les dessins, pour ensuite faire les dialogues. Nous nous demandions si ne pas travailler à partir de mon propre script influencerait mon dessin, puisque cela faisait 10 ans que je travaillais comme cela. Ensuite, Mike me demanda si j’étais d’accord pour que Claremont fasse le script final. « Byrne et Claremont à nouveau réunis ! », c’était un joli coup pour un des premiers livres de Mike en tant que « nouvel » éditeur, donc j’ai accepté.

Avez-vous encore quelques idées personnelles que vous aimeriez développer en creator owned ?

Beaucoup. En fait, l’année prochaine je produirai « You Go, Ghoul ! », une série humoristique sur des versions féminines de monstres sacrés (Frankenstein, Dracula et la Momie) travaillant comme détectives privés. Le premier arc de 4 épisodes pourrait sortir au printemps.

Rog 2000 et Doomsday +1.
Ferez-vous une séquelle un jour ou l’autre ?

Je pense faire apparaître ROG dans ’You Go, Ghoul ! », dans une histoire intitulée « Qui veut sauver la peau de Roger Le Robot ? ». « Doomsday +1 » a été créé par Charlton, pas par moi, donc je n’ai pas de projet pour ce personnage.

Legend chez Dark Horse. Le label est-il définitivement arrêté ? Et pourquoi ?

Une triste histoire en vérité. Au début nous étions tous d’accord pour que Legend soit différent des autres nouveaux labels qui proliféraient à cette époque. Nous avions juré de ne pas annoncer de titre qui ne serait pas prêt à être publié. Nous avions juré de sortir les titres à temps. Et il n’a fallu que quelques mois pour nous rendre compte que c’était impossible, surtout à cause d’un des membres du groupe d’origine. Frank Miller et moi-même avons renoncé à Legend au même moment, et nous sommes partis. Puisque nous possédons conjointement la licence, c’était la fin du label.

Les X-Men sont très populaires en France depuis que nous avons découvert vos travaux. En êtes-vous particulièrement fier ?

J’ai une grande affection pour mon travail sur « Uncanny X-Men », et ce fut très amusant de travailler sur « X-Men : The Hidden Years » jusqu’à ce que le « nouveau Régime » chez M****l l’annule sans aucune raison (ou plutôt pour une raison qu’ils ne veulent pas avancer, qu’importe).

Finalement, de quel travail êtes-vous le plus fier ?

« Batman and Captain America »

Si un éditeur français vous proposait de travailler sur un grand format de 46 pages, seriez-vous intéressé ?
Connaissez-vous les artistes et la production française ?

Je peux travailler sur n’importe quel format qui permette de raconter une bonne histoire ! Actuellement, je dessine un projet sur Superman écrit par John Cleese - et c’est un 93 pages ! Je connais beaucoup d’artistes français ou européens. Je les admire beaucoup.

Etes-vous déjà venu en France ? Et qu’est-ce qui vous a le plus étonné ?

Je suis venu en France au début des années 90. C’est difficile de dire ce qui m’a le plus étonné - bien que je garde un excellent souvenir de la GASTRONOMIE ! Visiter le Louvre et me retrouver un bref instant tout seul avec Mona Lisa était un grand moment. Je ne suis malheureusement pas monté sur la Tour Eiffel. Peut-être la prochaine fois.

Est-il exact que vous avez doublé le personnage de Captain America dans un dessin-animé ou un film ? Nous avions lu un article à ce sujet dans un Marvel Age.

Pas tout-à-fait. Il y a 20 ans Marvel réalisa un série d’adaptations sur cassette audio de certains de ses comics. Puisqu’il savait que j’avais un certain talent pour le doublage et l’imitation, Jim Salicrup (en charge du projet) m’a demandé si j’aimerais faire une des voix. Ca paraissait amusant, donc j’ai dit oui. Deux des comics adaptés étaient des numéros de « Captain America », et j’y ai prêté ma voix à Franklin Roosevelt et au Crâne Rouge ! Je ne crois pas que les cassettes furent aussi distribuées que Marvel l’avait espéré.

Une question traditionnelle sur France-Comics : quelle question n’auriez-vous pas voulu qu’on vous pose ? Et quelle aurait été la réponse ?

Je n’aime pas les questions où la réponse est inclue, un truc genre « Vous n’avez plus travaillé avec Bob Wiacek parce que vous n’aimiez pas sa manière d’encrer vos dessins ? » au lieu de dire simplement « Pourquoi ne travaillez-vous plus avec Bob Wiacek ? ».

Merci Monsieur Byrne pour votre gentillesse et votre disponibilité.

Rendons à César...
Arkos, grand admirateur de Byrne devant l’Eternel, a préparé les questions,
Stefff56 a traduit, soumis à John Byrne les questions, et traduit les réponses,
et Sergent Pépère a corrigé et amélioré la traduction.
Si c’est pas du travail d’équipe, ça !

A lire également : la rétrospective de John Byrne

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