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Judge Dredd : The Cursed Earth


dimanche 7 décembre 2003
L'avis de Ishar


Dredd, ce n’est pas ce que nous en a montré l’adaptation cinématographique. Dredd, c’est l’un des symboles de la génération Metal Hurlant anglo-saxonne : un personnage ambigü, dans un monde crade et violent, et une BD qui veut déranger les courants bien-pensants. Apparu dans les années 70 dans les pages de 2000 A.D., il est maintenant réédité en TPB par Titan Books. Le dernier arrivé n’est pas des moindres : il s’agit des débuts de Patt Mills sur la série, pour la première fois réédité depuis 20 ans.

(JPEG) Rappelons que Dredd est la création de John Wagner (Marshall Law). Jusqu’à l’arrivée de Mills en 78, il n’a lâché le scénario, son personnage, que pour quelques interludes. The Cursed Earth est donc la première saga de Dredd non scénarisé par son créateur. Ce TPB reprend 21 épisodes de 8 planches parus entre les numéros 61 et 85, majoritairement scénarisés par Mills (à l’exception de 2 épisodes écrits par Wagner), et co-dessinés par Mike McMahon et Brian Bolland (Batman Killing Joke).

L’histoire est assez simple à résumer : Mega City 2 est contaminée par un virus dévastateur transformant la population en zombies avant de les tuer. Mega City 1 dépêche une équipe sur place avec un anti-virus, mais hélas les zombies tiennent l’aéroport et empêchent ces derniers de livrer leur remède. On demandera donc à Dredd, accompagné pour l’occasion de plusieurs autres Juges et d’un punk criminel dont les compétences sont requises, de traverser les Etats-Unis par terre pour livrer le vaccin. Pour ceux qui ne connaissent pas le monde de Dredd, sachez que plusieurs guerres successives ont transformé les Etats-Unis en un presque No-Man’s-Land, The Cursed Earth, où se croisent des monstres improbables, des mutants violents, des populations aux pratiques peu civilisées... En dehors de quelques villes éparses, seules deux gigantesques mégapoles subsistent, Mega City 1 (qui englobe la totalité de la côté Est) et Mega City 2 (idem sur la côté Ouest).

Aucun doute à la lecture de ce volume : c’est un représentant Heavy Metal pure souche, bien dans l’esprit Anglais. Volontairement trash à outrance - cela pourrait être pire de nos jours mais n’oublions pas que ces pages datent de 78, il critique la société dans laquelle il se déroule, et par association la société dans laquelle il a été écrit. On retrouve pas mal d’idées de Moore dans V for Vendetta (sur les déviations d’un pays vers le fascisme), ou d’un film comme Orange Mécanique.

Aujourd’hui, pas mal d’oeuvres de cette tendance paraissent kitsch et datées, et souvent à raison. Mais Dredd n’est pas une oeuvre surfant sur une mode, il en est l’un des créateurs. Autrement dit, l’intérêt n’est pas que "historique", c’est encore aujourd’hui une grande BD. Elle démontre que les auteurs ne sont pas dénués d’idées politiques, même si elles ne sont pas toujours finement présentées, et que l’on peut très bien faire de la BD de genre intelligent et artistique.

A noter quand même que Mills bouleverse pas mal le personnage, assez loin, voire en contradiction avec les aventures plus urbaines de Wagner. C’est aussi la première fois que des épisodes s’enchaînent en une si grande aventure, et d’autres sagas par la suite seront mieux conçues.

En explosant le cadre du moralement publiable, il explose aussi les cadres de la BD de l’époque : les images gros plans se superposent aux plans d’ensemble, les personnes sortent en permanence de leurs cases, qui sont d’ailleurs parfois des cercles. Celles-ci disparaissent aussi régulièrement, un peu comme chez Will Eisner.

Si cela ne donne pas toujours des planches très lisibles, surtout avec l’encrage assez gras de Mike McMahon, ça reste un formidable champ d’expérimentations. Le passage au noir et blanc n’a pas aidé à rendre plus claires les planches, mais ça ne reste pas une très grande perte. L’influence du dessinateur sur les aspects de mise en page semble par ailleurs évidente ; les chapitres illustrés par Brian Bolland respectent nettement plus les cases, ce qui colle mieux à son trait fin et son encrage précis et détaillé. Le gouffre qui sépare les deux dessinateurs est sans aucun doute un défaut, et ne rend pas très homogène l’ensemble. Mais Bolland ne dessinant que quelques numéros ici et là, rien de catastrophique.

Que retenir au final ? Qu’en lisant une telle histoire, on se rend compte que Garth Ennis n’a pas inventé tant de choses que ça avec Preacher, que la génération Metal Hurlant a vraiment été une révolution, et que 25 ans plus tard, il y a des choses qui sont toujours aussi bonnes. Si vous aimez la musique qui fait du bruit, si vous aimez le gore, si vous aimez la fin du monde, ne vous privez surtout pas !

Note : A noter que 4 épisodes, 2 de Wagner et 2 de Jack Adrian, parus dans les numéros 71-72 et 77-78 respectivement, n’ont pas été inclus : ces derniers visent des compagnies de restauration rapide bien connues, qui ont porté plainte après leur publication. Résultat, ils sont toujours interdits de publication par la loi ( !!).

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